Les assureurs n'aiment plus le camping

Les assureurs n'aiment plus le camping
Gilles_Paire / PA / Getty Images Les campings ont évolué et ils montent en gamme. Les assurances doivent s’adapter à cette nouvelle donne.

Le secteur du camping s’est profondément transformé pour répondre aux nouvelles attentes des vacanciers. Mais cette évolution est loin d’avoir séduit les compagnies et mutuelles d’assurance.

Le secteur du camping est au cœur d’un paradoxe. C’est une activité dynamique et en développement, parfois très rentable, animé par des PME familiales et des petits groupes qui investissent régulièrement et modernisent leurs équipements. Les exploitants de camping sont exposés à de multiples risques et ont de réels besoins en assurance. Il leur faut souscrire une RC pro, se couvrir contre les risques naturels, mais aussi contre la perte d’exploitation et la perte de valeur. Pourtant, les assureurs demeurent à l’écart de ce marché solvable.

Aujourd’hui, Allianz, MS Amlin, Axeria (Groupe April), et Groupama Méditerranée sont à peu près les seuls assureurs à accepter de souscrire et les intermédiaires se comptent aussi sur les doigts d’une main. Tolède Groupe, un agent Allianz installé à Royan (17), a fait de l’assurance des campings sa spécialité et annonce entre 800 à 900 clients dans toute la France. Seul le courtier Axelliance, qui travaille beaucoup avec Axeria, affirme avoir un portefeuille plus étoffé. Deux autres acteurs se distinguent. Verpieren Côte d’Azur est entré sur le marché en 2016, en reprenant le portefeuille de Gabble en partenariat avec Groupama Méditerranée, et dit assurer aujourd’hui 200 clients. Le courtier spécialisé Camping Assur Conseil, qui travaille parfois avec Verpieren Côte d’Azur, en revendique autant.

Montée en gamme

« Beaucoup de compagnies se sont désengagées, plus ou moins hâtivement, à partir des tempêtes de 1999, qui ont parfois coûté très cher », explique Richard Tolède, agent général Allianz. C’est notamment le cas d’Axa, qui a un temps dominé le marché avant de le quitter voilà plusieurs années. Quelques acteurs étrangers, comme Millenium, Elite, Alpha et Gabble, qui avaient fait une incursion sur le marché, ont brutalement cessé de souscrire (Gabble a même été interdit d’exercer en septembre 2016 par sa tutelle au Lichtenstein) et ont accentué les difficultés.

« Suite au retrait du marché d’assureurs intervenant en LPS [libre prestation de service] qui s’étaient aventurés sur le marché français, certains campings auraient des difficultés à se faire indemniser leurs sinistres. À l’inverse, d’autres campings sont installés dans des zones tellement exposées qu’ils peinent à s’assurer. Il y a des codes postaux quasi “black listés” par les assureurs », souligne Renaud Artusio, directeur général de Verspieren Côte d’Azur.

À l’origine de la relative désaffection des porteurs de risques pour cette industrie, la conjugaison de plusieurs facteurs. En une vingtaine d’années, le secteur du camping s’est transformé. Les exploitants ont varié les types d’accueil, en ne proposant plus seulement des terrains pour tentes et caravanes, mais également pour des mobil-homes à la location ou installés à l’année par leur propriétaire. Ils ont investi massivement dans des équipements parfois coûteux comme des piscines agrémentées de toboggans, des restaurants, des espaces de jeux, voire des discothèques...

Cette montée en gamme progressive, qui fait ressembler certains campings à des villages de vacance, a permis d’augmenter la durée moyenne de séjour, d’allon­ger la saison et d’attirer une nouvelle clientèle. Mais avec le boom du mobil-home, on a instal­lé des unités d’habitation sur des terrains inondables. Dans le même temps, la fréquence et l’intensité des inondations, des averses de grêle et autres tempêtes ont augmenté. La transformation des campings, conjuguée à la multiplication des inondations a fait exploser le coût des sinistres.

Huttopia, le cas à part

Le groupe Huttopia, qui compte une petite cinquantaine de campings en France, est assuré chez un agent MMA, Frédéric Lacore, à Romans-sur-Isère (26). « Cela ne me serait peut-être plus possible de souscrire ce risque aujourd’hui. Les compagnies sont en effet devenues très réticentes à assurer les campings, car ils sont quasiment tous au bord de l’eau, et très souvent en zone inondable », explique Frédéric Lacore, un des plus importants agents MMA, spécialisé dans le risque entreprise, qui affiche 4 M€ de commissions. Mais Huttopia est un cas à part : c’est un groupe intégré et l’exploitation des terrains de camping est une des activités, à côté de la scierie et de la construction de chalets, qui sont installés sur les terrains. « Le groupe Huttopia présente un profil de risques plus diversifié qu’un acteur spécialisé dans l’exploitation de terrains de camping, et c’est ce qui me permet de le maintenir dans mon portefeuille de risques industriels », conclut Frédéric Lacore.

Analyser les risques

« La connaissance du risque est essentielle, et ce risque a énormément évolué », explique Cathy Dubois, à la tête du courtier spécialisé Camping Assur Conseil, et issue d’une famille d’exploitants de camping. Une inondation hivernale dans un simple terrain de camping constitué d’emplacements pour des tentes et des caravanes a peu de conséquences. Lorsque sur le même terrain se trouvent des dizaines, voire des centaines de mobil-homes installés à l’année, ainsi que des piscines et des toboggans, la facture n’est plus de tout la même. « L’inondation n’est pas un aléa. La majeure partie des campings sont soit au bord de l’eau, d’un lac, d’une rivière ou de la mer. Et l’assurance n’a pas pour vocation de garantir le récurrent ou le prévisible. Sinon, cela devient un contrat d’entretien », estime Richard Tolède. Et l’agent général d’ajouter : « C’est un combat quotidien pour moraliser l’assurance dans le secteur. Il est devenu capital d’étudier en profondeur le risque pour l’évaluer correctement. » Dé­sor­mais, les campings doi­vent aussi définir une stratégie d’assurance, dans un contexte où de nouveaux exploitants ne connaissent pas forcément très bien le métier. « Du côté des assurés, le secteur se transforme : il y a beaucoup de cessions d’établis­sements, à défaut de reprise dans le cadre familial. De nouveaux exploitants arrivent, qui ne connaissent pas forcément la profession, et notamment l’assu­rance. Le conseil devient encore plus essentiel » souligne Cathy Dubois.

Adapter ses garanties… pour ne pas tout perdre

« L’assurance perte de valeur vénale devrait être incontournable. On a vu des exploitants investir en achetant une affaire de 3,5 à 7 fois le chiffre d’affaires annuel et perdre leur autorisation d’exploitation quelques mois plus tard suite à une inondation. Leur investissement s’est évaporé », explique Renaud Artusio. Selon le représentant de Verspieren Côte d’Azur, l’assurance devrait être conçue comme un investissement parmi d’autres, mais indispen­sable pour préserver la pérennité et les résultats du camping.

Les sinistres de fréquence, d’un coût unitaire modeste, peuvent être intégrés dans les frais généraux des campings qui, compte tenu des marges bénéficiaires annuelles dégagées, peuvent les financer. « À défaut de garanties adaptées, portées par des assureurs solvables et stables sur ce marché, les aléas climatiques risquent de bousculer la rentabilité de ce secteur longtemps très lucratif » conclut Renaud Artusio.

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