Santé : l'appétence des entreprises pour la prévention

Santé : l'appétence des entreprises pour la prévention
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Demande des RH et généralisation de la couverture santé des salariés portent le développement des actions de prévention au sein de l’entreprise. Mais les assureurs complémentaires tâtonnent encore sur le modèle économique.

Les assureurs complémentaires santé sont-ils bien dans leur rôle quand ils engagent des politiques de prévention ? La question mérite d’être posée alors que des programmes plus ou moins ciblés fleurissent dans le cadre des offres collectives. Elle l’a été lors de la conférence Prévention santé prévoyance organisée le 2juin dernier par l’Argus de l’assurance et la réponse ne laisse place à aucun doute. « Nous ne pouvons pas nous contenter de travailler sur le curatif, estime Emilie Delpit, directrice prévention et innovation sociale du groupe de protection sociale Klesia. De plus, les appels d’offres ANI intègrent de plus en plus souvent une dimension prévention, même si cela débouche encore rarement sur quelque chose de concret. »

Pourtant, « quatre DRH sur cinq considèrent que la santé des salariés est un enjeu pour les entreprises, ajoute Perrine Besson, manager des assurances collectives et prévention de Generali. Il y a seulement quatre ou cinq ans, ils nous interrogeaient rarement sur les services de prévention que nous pouvions leur proposer. Mais aujourd’hui, c’est systématique. »

En route vers l’ANI

Quant aux affiliés, ils sont eux aussi demandeurs : « Après enquête auprès de nos adhérents, nous nous sommes rendu compte qu’ils avaient une véritables attentes dans ce domaine », explique Isabelle Hébert, directrice générale adjointe de la MGEN. La mutuelle est d’autant plus encline à leur répondre qu’elle porte à la fois les risques lourds du régime obligatoire et les garanties du régime complémentaire de 3,7 millions de fonctionnaires. « Nous sommes donc particulièrement bien placés pour mesurer l’impact à moyen terme de la prévention », poursuit Isabelle Hébert qui a travaillé outre Atlantique : « Aux Etats-Unis, où le risque est porté par un assureur unique, il n’y a pas de débat sur l’intérêt du desease management et de la prévention : c’est celui qui paye qui perçoit le retour sur investissement. »

On peut en effet se demander si, en France, les programmes de prévention engagés par les complémentaires santé ne bénéficient pas en premier lieu au porteur du risque lourd qu’est la sécurité sociale. « La prévention est effectivement un investissement de moyen terme, admet Emilie Delpit. Nous pensons avoir un rôle à jouer. Nous aimerions que les pouvoirs publics en soient aussi convaincus ! »

A défaut, les assureurs sensibilisent les employeurs et les partenaires sociaux : « L’ANI est la chance de la prévention, estime Isabelle Hébert. C’est en effet un levier de différenciation important. Mais également un levier de fidélisation : quand un programme de prévention a été mis en place avec les partenaires sociaux, il devient difficile de revenir dessus en changeant d’opérateur. »

La création d’un régime collectif permet effectivement de mettre la question de la prévention sur la table. Mais pas toujours de définir qui doit payer : les programmes de prévention doivent-ils être proposés en option ou en inclusion? « L’ANI nous permet d’embarquer ce service en inclusion dans certains contrats , répond Perrine Besson. Nous considérons que leur succès dépendra de leur taux d’engagement. »

Une offre ciblée sur chaque entreprises

De ce point de vue, la « collective » permet d’avoir une approche nettement plus ciblée qu’en assurance santé individuelle. Ce qui amène les assureurs à concevoir des programmes spécialement destinés aux entreprises : prévention des risques psychosociaux, des accidents du travail et des maladies professionnelles…

« Les employeurs commencent à se rendre compte que la santé et le bien-être au travail sont des enjeux de performance », ajoute Anne-Sophie Godon, directrice Innovation, études et veille de Malakoff Médéric. « Ils sont conscients que la santé de leurs salariés résulte d’un équilibre global entre leur vie personnelle et leur activité professionnelle, poursuit Denis Saules, directeur général de Viasanté Mutuelle chez AG2R La Mondiale. Nous avons donc mis au point un outil d’autodiagnostic, permettant aux PME de voir dans quels domaines elles ont intérêt à faire de la prévention. »

SI l’autodiagnostic est gratuit, le bouquet de services est en revanche facturé aux entreprises qui, comme les assureurs, s’interrogent sur la rentabilité de la prévention. « Sur les contrats de prévoyance, le retour sur investissement peut être rapide. La prévention peut faire rapidement chuter le volume des indemnités journalières, observe Patricia Delaux, directeur des assurances collectives d’Axa Entreprises. Sur les contrats de santé, en revanche, son impact est moins évident. »

« Le modèle économique de la prévention se cherche encore, admet Anne-Sophie Godon. C’est pourquoi nous sommes tous entrés dans une logique industrielle : il faut que nos offres de prévention soient bien conçues, ciblées, bien déployées et qu’elles ne coûtent pas cher. » Bref, à l’instar des réseaux de soins, l’effet de taille devrait jouer à plein !

L’épouvantail du « Pay as you live »

Les outils digitaux jouent un rôle essentiel dans les stratégies de prévention : « Ils nous permettent d’aller vers les clients et de cibler nos programmes », explique émilie Delpit, directrice Prévention et innovation sociale de Klesia. Mais ils peuvent aussi servir à contrôler le mode de vie de l’assuré : « Non seulement le Pay as you live est interdit, mais il est contraire au principe de l’assurance, qui repose sur la mutualisation », estime émilie Delpit. Isabelle Hébert, DG adjointe de la MGEN, a un avis moins tranché : le « Pay as you live revient à encourager les comportements vertueux, ce qui n’a rien de choquant ». En revanche, le système américain du « Pay for how you live » représente à ses yeux « une absolue ligne rouge ». « Aux états-Unis, les assurés en surpoids ou hypertendus peuvent être exclus par l’assureur ou payer une surprime si, à l’issue du programme de prévention, ils n’ont pas amélioré leurs constantes. » Ce qui reste inconcevable en France.

Depuis 2010, nous avons autorisé 800 programmes d’éducation thérapeutique, financés à hauteur de 25 M€ par l’Agence régionale de santé. 80 % sont dispensés par l’hôpital et 20 % en ambulatoire : il faudrait inverser cette proportion.

Claude Evin, directeur général de l’Agence régionale de santé île-de-France

La prévention est la condition de la pérennité de notre système de santé. Nous ne pourrons financer les innovations technologiques et thérapeutiques que si nous réduisons les maladies évitables.

Michèle Delaunay, députée de la Gironde, ancienne ministre déléguée aux Personnes âgées et à l’Autonomie.

En matière de prévention, l’assureur ne se substitue pas aux acteurs de la santé au travail : ils les complètent. La relation de confiance nouée avec les partenaires sociaux lors de la mise en place des régimes collectifs de santé et de prévoyance leur confère une véritable légitimité pour intervenir auprès des salariés.

Caroline Albanet, directrice générale et associée du cabinet de conseil R&B Partners

Le problème de la France, c’est qu’on y produit beaucoup de rapports mais pas assez d’études robustes, avec projections actuarielles sur une vie entière. Or, la mesure de l’impact des programmes de prévention ne peut passer que par une évaluation du coût des maladies sur l’ensemble de la société, en incluant leur coût sur la productivité des entreprises.

Robert Launois, président de la Société française d’économie de la santé.

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