Assurance vie – Taux d’intérêt – Solvabilité 2 : les dangers d’une hausse brutale des taux

Bas depuis plusieurs années, les taux d’intérêt atteignent aujourd’hui des planchers historiques. un scénario du pire serait qu’ils remontent de manière brutale, déclenchant une vague de rachats massifs en assurance vie. revue des marges de manoeuvre dont disposent les assureurs.

Par Antoine Esquieu, associé chez Mazars.

Les scénarios du pire sont-ils possibles aujourd’hui sur le marché de l’assurance vie? L’un d’eux serait une hausse brutale des taux déclenchant une vague de rachats massifs. Les événements s’enchaîneraient ainsi : les taux d’intérêt bondissent brusquement; l’actif des assureurs historiques est «plombé» par les investissements de ces dernières années sur des obligations à taux très bas; les assurés se voient proposer d’autres types de produits aux rendements attrayants du fait des nouvelles conditions de marché et partent en masse; cela oblige les assureurs à réaliser leur actif que la remontée des taux a plongé en moins-value ; ces pertes financières viennent encore diminuer le rendement des actifs, ce qui amplifie la vague de rachats ; les assureurs doivent compléter ce rendement en piochant dans leurs fonds propres, qui se consument rapidement. Est-ce un scénario crédible ? Depuis plusieurs années, les taux restent bas et atteignent des planchers historiques aujourd’hui. Or, les assureurs ont bien résisté à la crise, avec une collecte qui s’est maintenue de 2008 à 2010, puis a baissé en 2011 et 2012. Mais cette collecte s’est concentrée sur les fonds en euros, et a dû être largement investie sur des obligations à taux faibles. De ce fait, le rendement des fonds en euros s’est dangereusement rapproché de celui de produits plus liquides. Toutefois, la situation fiscale particulière dans laquelle évolue l’assurance ne permet pas de comparer directement ses rendements avec ceux des autres produits.

À Retenir

  • Face au risque de hausse des taux, les marges de manœuvre des assureurs existent, mais sont limitées. Le virage nécessitera de prendre des décisions clés aux bons moments.
  • Pour cela, il sera nécessaire de projeter des scénarios dont les données clés sont particulièrement incertaines, comme l’évolution des taux et le comportement des assurés.
  • Ces facteurs sont aux mains des états et de l’Europe, maîtres de la fiscalité et des finances publiques. Or, Les assureurs sont aujourd’hui un maillon indispensable du financement public.

La réglementation actuelle reflète mal le risque de taux

Schématiquement, le risque étudié présente deux aspects principaux: le rendement des actifs et le comportement des assurés. La réglementation, tout d’abord, est censée protéger les assurés, donc offrir aux assureurs des outils permettant de couvrir ce risque (et les obliger à les utiliser), d’abord en les contraignant à avoir un niveau de fonds propres suffisant. La réglementation actuelle ne traite cependant pas du risque lié aux taux bas, alors que Solvabilité 2 prévoit le risque de taux dans le SCR(1). Toutefois, les chocs de taux étant exprimés en pourcentage des taux actuels, les scénarios de remontée des taux projetés sont assez «mous». Ils ne reflètent pas, par exemple, les chocs qu’ont eu à subir récemment les pays du sud de l’Europe. Aussi, se contenter des résultats de ces scénarios pour considérer que ce risque est maîtrisé est sans doute insuffisant. De même, l’absence de pénalisation spécifique des obligations souveraines fragilise le modèle. Les évolutions de ces dernières années ont pourtant montré que ces obligations pouvaient être beaucoup plus volatiles que bon nombre d’obligations d’entreprise. Vraisemblablement, l’Europe n’imagine pas pénaliser les États qui la composent… En conséquence, si les assureurs veulent couvrir leur risque de taux, il semble nécessaire que les scénarios et les risques pris en compte soient ajustés dans le cadre de l’Orsa(2).

Le comportement des assurés est la clé

En modélisant le risque lié aux rachats, Solvabilité 2 fait apparaître que le sujet clé est le comportement des assurés. La majorité des assureurs appréhende le phénomène par une fonction qui lie les rachats à la différence entre le taux de revalorisation de leurs passifs et des taux représentatifs du marché. La plupart du temps, le modèle simule que les assurés ne réagissent pas avant que cet écart ne soit assez important, puis réagissent massivement, puis ne réagissent plus. Cette fonction n’a encore jamais été validée dans la réalité, mais les comportements sous-jacents semblent crédibles. Ils supposent que les assurés ont un intérêt à conserver leur contrat par delà la simple comparaison des taux de rendement. La principale raison est liée à la fiscalité de l’assurance vie, en particulier pour les successions. Dans un environnement fiscal général qui se dégrade, elle conserve son attrait. Au-delà de la simple application de la réglementation, les assureurs disposent en réalité d’autres marges de manœuvre. La première consiste à réduire la collecte afin de limiter la dilution du rendement des actifs. Dans une économie où la survie rime avec la croissance, cette décision est bien souvent difficile à prendre. Une autre solution consiste à inciter les assurés à s’orienter plutôt vers des produits en unités de compte, par des campagnes ciblées, des conditions tarifaires attrayantes, ou la proposition de produits de prévoyance liés (garanties planchers plus ou moins élaborées). Àce titre, il est intéressant de se pencher sur le cas des pays du sud de l’Europe. L’Italie, par exemple, a eu à subir l’effet conjugué d’une forte hausse des taux de sa dette souveraine et de la disparition des avantages fiscaux de l’assurance vie. La mobilité des assurés a alors fortement augmenté, ce qui a conduit les assureurs à constamment développer de nouveaux produits pour recycler l’épargne des assurés. Cet exemple montre que les assureurs possèdent des ressources et de l’inventivité pour conserver sous une forme ou une autre l’épargne qui leur est confiée.

La volatilité a disparu, mais le risque subsiste

Pour protéger leur bilan et leur équilibre financier, les assureurs peuvent aussi adapter la structure de leur actif. Leur premier réflexe consiste à raccourcir la duration de l’actif obligataire, dans la mesure où la sensibilité d’une obligation à taux fixe est directement proportionnelle à sa duration. Savoir identifier le moment où il devient nécessaire de raccourcir la duration de son actif exige de disposer d’indicateurs sur la structure des taux, et de posséder de solides connaissances sur les risques de déformation de cette courbe. Se doter de ces outils et compétences a un coût, qu’il est sans doute aujourd’hui opportun d’engager. D’autres actions sont envisageables, comme recourir plus largement aux obligations à taux variable ou acheter des couvertures, selon des schémas plus ou moins complexes. Reste à savoir si les marchés restent efficients aujourd’hui, et s’il est toujours difficile de bâtir une stratégie gagnante et différenciante. Or, les politiques monétaires européennes maintiennent les taux à un niveau artificiellement bas et, surtout, constant. La volatilité a disparu, alors que le risque existe toujours. Ce déséquilibre permet peut-être d’envisager des stratégies de couverture à des coûts intéressants dans la mesure où le coût des options est très dépendant de la volatilité de leur sous-jacent.

Enfin, les assureurs disposent à la marge d’outils comptables pour limiter le risque lié à la remontée brutale des taux, comme la provision pour participation aux excédents (PPE) ou la réserve de capitalisation. Ces outils permettent d’engranger une réserve de rendement. Leur niveau actuel moyen, de l’ordre de 1 à 2% de l’épargne gérée, ne permet pas de combler le différentiel de rendement qui apparaîtrait en cas de forte remontée des taux, mais il peut permettre, pendant un certain temps, d’amener le taux de rendement à un niveau qui ne déclenche pas des rachats massifs. Face à une hausse des taux qui ne manquera pas de se produire (mais dont il est difficile de prévoir l’intensité et la rapidité), les assureurs disposent d’une panoplie d’outils pour contrer l’effet redouté de rachats massifs. La période de transition qui s’ouvre distinguera nettement les acteurs qui s’y sont préparés et ceux qui la subiront. Aujourd’hui, le cadre fiscal spécifique à l’assurance vie limite le risque de rachats massifs. L’État doit donc mesurer pleinement les conséquences de ses décisions sur le plan fiscal et sur sa politique d’orientation de l’épargne.

1. SCR, Solvency Capital Requirement, capital de solvabilité requis: capital nécessaire pour que la probabilité de ruine soit inférieure à 0,5% à horizon 1 an.

2. Orsa, Own Risk Solvency Assessment : autoévaluation de ses risques par l’entreprise.

Testez L'Argus de l'assurance en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Le Magazine

ÉDITION DU 11 octobre 2019

ÉDITION DU 11 octobre 2019 Je consulte

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Prestation de services d'assurances

Ville de Solliès Toucas

14 octobre

83 - Solliès-Toucas

Passation d'un marché d assurance protection sociale des sapeurs pompiers volontair...

SDIS de la Meurthe et Moselle Sce Départ. d'Incendie et de Secours

13 octobre

54 - ESSEY LES NANCY

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Assurance vie – Taux d’intérêt – Solvabilité 2 : les dangers d’une hausse brutale des taux

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié