« Des modes opératoires plus sophistiqués qui renvoient à une professionnalisation des fraudeurs »

Grâce à l’Agence pour la lutte contre la fraude à l’assurance, les assureurs mènent une réflexion commune quant à la quantification et l’élaboration d’une méthodologie pour lutter contre la fraude. Le point sur l’assurance automobile avec Frédéric Nguyen-Kim, directeur de l’Alfa.

Concernant les chiffres de la fraude, que pouvez-vous nous dire de ceux de 2016 ?
Pour les chiffres 2016, la collecte des données auprès des adhérents de l’Alfa a débuté en janvier 2017. Cet exercice repose sur un format issu de nos travaux avec les assureurs. Il y a des items précis auxquels nos adhérents doivent répondre pour permettre d’extraire les chiffres les plus exacts possibles, indépendamment des façons de travailler des uns et des autres. Après diverses vérifications, les résultats seront présentés lors de l’assemblée générale de l’Alfa en juin prochain.

Qu’attendez-vous de vos adhérents ?
L’Alfa est une association. À ce titre, ses membres s’engagent volontairement et doivent être en mesure d’avoir un rôle actif. Nous ne nous inscrivons pas dans une démarche d’adhésion automatique et en bloc d’une fédération. Nos membres doivent, notamment, nommer des correspondants en interne. Pour les petits acteurs, il peut y avoir là une difficulté en termes de ressources humaines, de procédures internes ou de participation à des groupes de réflexion.

Quels enseignements tirez-vous de l’analyse des données chiffrées collectées par l’Alfa auprès de ses adhérents ?
D’un point de vue macroscopique, les données chiffrées recueillies en automobile au titre de 2015 rendent compte d’une réalité qui n’évolue guère d’un exercice à l’autre. En effet, nous constatons toujours une double tendance se traduisant par des « fraudes de fréquence » comme les faux accidents de stationnement et des « fraudes d’intensité » notamment en matière corporel avec des montants de préjudice pouvant aller jusqu’à plusieurs millions d’euros. Ces sinistres corporels ont représenté 43 % des enjeux financiers en 2015 alors qu’ils ne constituent qu’une minorité de l’ensemble des dossiers frauduleux soit 2 %. Cependant, tous les dossiers corporels ne sont pas forcément à forts enjeux financiers et il est important de souligner que nous assistons depuis quelques exercices à une augmentation de la détection de dossiers dont le coût moyen n’est pas très élevé.

S’agissant des faux accidents en stationnement (Tiers Non Identifié), ceux-ci continuent de représenter la plus grande partie des dossiers frauduleux (48 %) avec des enjeux financiers restant en toute logique relativement faibles (15 % des enjeux financiers). Enfin, nous constatons en 2015 une augmentation du nombre de dossiers frauduleux en bris de glace (+35 % par rapport à 2014) et des enjeux financiers correspondants (+27 % par rapport à 2014).

Au final, nous assistons donc au développement de fraudes portant sur de faibles montants et à l’émergence de modes opératoires plus sophistiqués qui renvoient à une professionnalisation des fraudeurs.

Quel est le profil du fraudeur en assurance auto ?
Les premières fraudes commises en bande organisée ont été détectées au début des années 2000. Depuis, le phénomène s’est ancré dans le paysage français de l’assurance automobile comme d’ailleurs dans d’autres pays. Parallèlement, et comme dans d’autres domaines de l’assurance, nous avons assisté à une professionnalisation des fraudeurs notamment au regard des modes opératoires mis en oeuvre à l’occasion de fraudes préméditées portant sur des sinistres impliquant des pertes totales.

Quels sont les principaux enjeux à venir en matière de lutte contre la fraude dans le secteur automobile ?
Confrontés à un phénomène dont la fréquence ne semble pas réellement fléchir, les assureurs doivent à mon sens développer une approche qui procède directement de l’industrialisation. En procédant ainsi, l’objectif est double. Il s’agit à la fois d’être en phase avec les enjeux liés au phénomène de fraude mais également d’intégrer les dispositifs de lutte dans des environnements de gestion qui ont profondément évolué ces dernières années notamment sous l’influence des nouvelles technologies et de la digitalisation progressive des organisations.

Quels moyens consacre l’Alfa à la fraude en IARD et en assurance de personnes ?
Nous avons renforcé nos effectifs sur la partie technique, de telle sorte que nous sommes, à l’heure actuelle, complètement opérationnels sur ces deux secteurs. Nous disposons de commissions, d’observatoires et de statistiques dédiées à l’IARD comme à l’assurance de personnes. Nos moyens consacrés à la lutte contre la fraude sont aujourd’hui équivalents sur ces deux pans. En revanche, le degré de maturité n’étant pas le même, nous recevons davantage de demandes en provenance de l’assurance de personnes. En IARD, le besoin est pour ainsi dire satisfait.

Avez-vous perçu une influence de Solvabilité 2 sur la lutte contre la fraude ?
Le pilier 2 de la directive européenne impose en effet aux entreprises d’assurance d’appréhender les risques opérationnels, dont la fraude fait partie intégrante. L’émergence de directeurs des risques et/ou de la conformité avec Solvabilité 2 aboutit à une émulation intéressante. Ces derniers ne peuvent faire l’impasse sur ce risque. Depuis quatre à cinq ans, les assureurs se sont donc penchés sur le phénomène et l’on a vu se multiplier les cellules antifraude, en particulier en assurance de personnes. C’est moins le cas en IARD, où la lutte contre la fraude repose sur une approche métier. Mais ces deux logiques, d’un côté pragmatique (métier en IARD), de l’autre dogmatique (direction des risques en assurance de personnes) sont complémentaires. Ainsi, aux process métiers s’ajoute désormais l’exercice de cartographie des risques. Il faut cependant garder à l’esprit que le carburant de ce travail est la révélation « d’affaires » qui pousse le marché à s’investir dans la lutte antifraude.

Comment se positionne l’Alfa vis-à-vis des délégataires de gestion ?
La délégation en elle-même n’est pas un risque. L’assureur duplique, en général, ses techniques et méthodes de lutte contre la fraude auprès de son réseau de délégataires. Bien qu’ils n’adhèrent pas à l’Alfa, nous avons émis un lot de recommandations concernant la délégation de gestion, en particulier en santé (tiers payant, réseaux de soins…), qu’ils s’agissent de courtiers ou non. Ce sont des sujets qui nous préoccupent dans la mesure où ils s’insèrent dans la chaîne de valeur.

Toujours sur un registre réglementaire, pensez-vous que la législation numérique bride la recherche contre la fraude ?
Non. Il est possible d’ouvrir de nombreux chantiers qui reposent sur l’utilisation des données numériques en conformité avec l’autorisation unique AU039 de la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) (1). Les assureurs ont commencé à investir dans ce domaine, mais on est très loin de la maturité en matière d’exploitation du big data et du traitement analytique. D’autant plus qu’il faut entre trois et cinq ans pour qu’un projet d’entreprise soit pleinement opérationnel. À l’avenir, les enjeux sont de réussir à concilier rapidité et volume des échanges commerciaux avec une détection efficace de la fraude. Le défi est de réussir à mettre en place des outils innovants. Par exemple, aujourd’hui, la question de l’interconnexion des réseaux sociaux comme moyen de lutte antifraude est un sujet émergent. Ce n’était pas encore le cas récemment. Cette évolution est satisfaisante.

D’autres secteurs de l’économie sont-ils concernés, au même titre que l’assurance, par la fraude ?
Un secteur comme la téléphonie mobile, très intégré, a mis en place une coordination et des cellules antifraude performantes, tout comme le secteur bancaire. Les problématiques sont toutefois différentes. Un établissement de crédit lutte, dans la majorité des cas, contre des fraudes dont pourraient être victimes ses clients. C’est une démarche inverse pour l’assureur, qui lutte principalement contre les fraudes élaborées par ses clients.

Quid de l’incidence des nouveaux usages de l’assurance sur les comportements frauduleux ?
Les nouveaux modes de consommation, comme la location de voiture entre particuliers, sont vecteurs de nombreux cas de fraude à l’assurance. Sans dévoiler les modes opératoires, on peut commettre des fraudes en particulier sur des cas de faux vols, avec parfois la complicité du loueur. Face à cela, l’un des sujets d’avenir pour l’assurance est de proposer des couvertures spécifiques aux problématiques de fraude.
1. Cnil, Pack conformité assurance de 2014.

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