« L'ivresse cannabique est comparable avec celle de l'alcool »

« L'ivresse cannabique est comparable avec celle de l'alcool »
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L’évolution de la législation sur les prélèvements salivaires ne peut être totalement analysée, sans l’intervention d’un laboratoire indépendant, spécialiste de l’analyse toxicologique. Marc Deveaux, directeur général du laboratoire Toxlab, au service de la sécurité routière, répond à nos questions...

Pouvez-vous nous présenter votre laboratoire ?
Le laboratoire Toxlab est un laboratoire indépendant au service de l’analyse toxicologique. Il est reconnu en France et à l’international depuis plus de 20 ans. Premier laboratoire accrédité par le Cofrac (Comité français d’accréditation) dans le domaine de la toxicologie selon la norme ISO 17025, il réalise essentiellement des expertises toxicologiques judiciaires. Dans le cadre de la sécurité routière, ce sont notamment des dosages d’alcool, de stupéfiants et de médicaments psychoactifs dans le sang, la salive, l’urine et les cheveux.

Qu’est ce qu’un stupéfiant ?
Les stupéfiants sont des substances psychoactives pouvant, dans le cadre d’un usage détourné, faire l’objet d’une dépendance ou d’un abus. La dépendance se caractérise par le désir obsessionnel de se procurer et de s’administrer une substance.

L’abus de substances psychoactives se définit comme l’utilisation excessive et volontaire, permanente ou intermittente ayant des conséquences préjudiciables sur la santé physique ou psychique.

Comment un stupéfiant, tel que le cannabis, agit-il sur le cerveau ? Quels sont les effets psychiques qu’il provoque ?
Le THC est le principe actif présent dans le cannabis. Il va se fixer dans le cerveau sur des récepteurs spécifiques CB1, à au moins trois niveaux différents. Premièrement, au niveau du ganglion basal et du cervelet : ces deux zones sont très largement impliquées dans la motricité et le contrôle postural.

Deuxièmement au niveau du cortex frontal, impliqué dans la vision, le goût, les capacités de concentration mentale. Des dysfonctionnements à ce niveau sont responsables de distorsions caractéristiques de la notion du temps et de l’espace, de difficultés à se concentrer et de l’apparition d’un état rêveur.

Troisièmement dans l’hippocampe, impliqué dans les phénomènes de mémorisation et de codage des informations sensorielles. En d’autres termes, le THC va agir sur la mémoi­re, les actions et les sentiments.

Les effets psychiques du cannabis dépendent de la quantité consommée, de la tolérance du sujet et de l’association éventuelle à d’autres produits comme l’alcool ou les médica­ments. L’intoxication à faible dose (< 25 mg de THC) donne avant tout des effets relaxants et des pertur­bations psychiques : ce sont ces effets qui sont attendus par le consommateur.

À forte dose, même si les avis divergent, on peut s’accorder sur des effets tels que : perturbation de la mémoire immédiate, crises d’angois­ses, désorganisation de la pensée…

Quels sont les risques sur la conduite ?
C’est très simple, l’ivresse cannabique est comparable avec celle de l’alcool. On remarque des perturbations très notables de la vision et notamment de nuit avec un temps de récupération après éblouissement augmenté, une mauvaise appréciation des distan­ces, une erreur dans la vision des couleurs. On remarque également des sorties de trajectoires en virage, des distances de freinage fortement allongées (+5 à +12 mètres à 80 km/h). En résumé, le cerveau fonctionne au ralenti et provoque une incapacité à réagir rapidement à un événement imprévu. Les effets durent 1 à 3 heures.

Combien de temps faut-il pour éliminer le THC de l’organisme ?
L’élimination du THC varie selon l’usager mais globalement c’est 1/2 journée à 3 jours chez le consommateur occasionnel, 3 à 13 jours chez le consommateur régulier et 2 à 3 mois pour la fraction fixée dans les tissus.

Comment apporter une réponse quantitative (dosage de stupéfiants) à un dépistage ? Quel type de machine est utilisé ?
Parce que la consommation de stupéfiants et en l’occurrence celle de cannabis fait l’objet d’une condamnation pénale, il faut que l’analyse du dosage soit solide. C’est à la suite d’un dépistage, dont l’objectif est de déterminer s’il y a ou non de la présence de cannabinoïdes (THC et/ou ses mé­tabolites THC-COOH, 11-OH-THC) dans l’organisme du suspect que le prélèvement est analysé par une méthode physico-chimique dans un appareil que l’on nomme chromatographe couplé à la spectrométrie de masse. C’est une machine très complexe qui coûte environ 250 000 € et permet de rendre un dosage de stupéfiant dans le sang ou la salive en moins d’une demi-journée (entre l’arrivée du prélèvement au laboratoire et l’envoi des résultats.

Pouvez-vous nous préciser quels sont les différents types d’interprétation du dosage de THC ?
Cette interprétation a fait l’objet d’un consensus national de la Société française de toxicologie analytique et il est utilisé par les experts judiciaires. L’usage de cannabis peut être caractérisé par la mise en évidence et le dosage dans le sang de différents cannabinoïdes. Le THC (tétrahydrocannabinol) est le principe psychoactif. Le 11-OH-THC (11-hydroxy-tétrahydrocannabinol) est un de ses métabolites, psychoactif ; le THC-COOH (acide tétrahydrocannabinol-carboxylique) est un autre métabolite principal, inactif. Ils apparaissent dans le sang dans les minutes qui suivent la consommation, avec des vitesses d’apparition et d’élimination différentes pour chacun d’eux. Il existe deux interprétations possibles pour les dosages dans le sang : premièrement, présence simultanée de THC et de THC-COOH (et éventuellement de 11-OH-THC). Si les concentrations sont supérieures aux limites de quantification (THC ?0,5 ng/mL, THC-COOH ?1,0 ng/mL et 11-OH-THC ?0,5 ng/mL), ceci indique que le sujet a fait usage de cannabis récemment (dans les 12 heures avant le prélèvement chez un consommateur occasionnel), et qu’il était sous l’influence de ce stupéfiant au moment du prélèvement ou du décès. En effet la présence de THC dans le sang implique obligatoirement la présence de THC dans le cerveau, qui est le lieu d’action des cannabinoïdes psychoactifs. Une concentration de THC <1 ng/mL est faible. Elle est considérée comme élevée au-dessus de 10 ng/mL. Il est scientifiquement absolument impossible de préciser la quantité de cannabis consommé. Dans le sang des « fumeurs passifs », on ne retrouve pas de cannabinoïdes à des concentrations quantifiables. Deuxièmement, lorsqu’il y a absence de THC mais présence de THC-COOH (?1,0 ng/mL). La présence de THC-COOH signifie que le conducteur a fait usage de cannabis, mais l’absence de THC et de 11-OH-THC indique que cette consommation a eu lieu plus de 3 heures avant le prélèvement.

On ne peut pas scientifiquement préciser le délai exact écoulé depuis la dernière consommation, ni la quantité consommée. L’interprétation de la concentration de THC-COOH doit faire intervenir le délai entre les faits ou l’interception et le prélèvement. Le THC-COOH est détectable dans le sang pendant 12 à 48 heures chez un fumeur occasionnel, mais pendant plusieurs semaines chez un consommateur régulier important.

Pourquoi dépister par la salive… Ce dépistage est-il plus fiable ?
Principalement parce que le prélèvement de la salive n’est pas intrusif. Le prélèvement peut être fait au bord de la route, et il est réalisé par le conducteur lui-même. C’est un aspect pratique, avec un gain de personnels, donc moins cher pour la collectivité. Le dépistage est fiable mais il est obligatoire qu’il soit confirmé par un dosage. Le dépistage salivaire est un gain de temps et d’argent.

Quels sont les seuils minima de détection (seuil de positivité) dans le cadre du dépistage ?
Les seuils minima de détection pour dépistage sont :

Dans la salive (test immunochimiques) :

- Pour le cannabis THC : 15 ng/mL ;

- Pour les amphétamines AMP, MET, MDMA : 50 ng/mL pour chaque ;

- Pour la cocaïne COC ou BZE : 10 ng/mL pour chaque ;

- Pour les opiacés MOR : 10 ng/mL pour chaque.

Qui s’occupe de réaliser les tests de dépistage ?
Les tests de dépistage sont réalisés par les policiers ou les gendarmes. L’analyse de confirmation ne peut être faite que par un expert en toxicologie, dans un laboratoire de police scientifique (mais le signataire doit être pharmacien ou médecin), ou encore (mais c’est rarissime) par un directeur de LABM. Le laboratoire doit être accrédité selon la norme ISO 17025. Depuis le 1er juin 2017, les résultats sont rendus simplement « positif » ou « négatif » selon que le dosage est supérieur ou inférieur aux seuils fixés dans le décret du 16 décembre 2016.

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