Perte de loyers : le retard d'indemnisation est un préjudice distinct

Civ.3e, 5 octobre 2010, pourvois nos U09-69.904 et B09-69.934

La perte de loyers résultant du retard d'indemnisation est un préjudice distinct de celui engendré par les dégâts des eaux affectant le bien et mérite d'être réparé à ce titre.

Les faits

Un cabinet médical situé dans un immeuble en copropriété est endommagé par une fuite sur une canalisation commune. Attendant le rapport de l'expert pour toucher son indemnisation et commencer les travaux, la SCI propriétaire est privée de loyer pendant deux ans. Non couverte par son propre assureur, la SCI recherche la garantie du syndicat des propriétaires et de son assureur Axa pour l'indemnisation de son préjudice.

La décision

La cour d'appel de Paris (30 juin 2009) limite l'indemnisation à deux mois de loyer, correspondant à la durée des travaux, et non aux deux ans pendant lesquels le bien n'a pu être loué. Pour les juges du fond, le montant des loyers dont un propriétaire peut se retrouver privé à la suite d'un sinistre garanti correspond à la période nécessaire, au dire de l'expert, à la remise en état des lieux. La Cour de cassation sanctionne cette décision, aux motifs que « la SCI sollicitait l'indemnisation d'un préjudice résultant d'un retard d'indemnisation, distinct de celui résultant des seuls désordres affectant ses biens ». Dès lors, en considérant que le retard était imputable au syndicat et à son assureur, il entraînait un préjudice ouvrant droit à réparation.

Commentaire

Lorsqu'elle est souscrite par le propriétaire, la garantie perte de loyers est accessoire à l'assurance de dommages couvrant un immeuble locatif. Elle couvre les loyers perdus pendant les travaux de remise en état, en général dans la limite d'un an. Dans cette affaire, l'indemnisation a été retardée à cause du rapport de l'expert remis à l'assureur du syndicat des propriétaires (Axa) plus de 18 mois après le sinistre, ce qui a reculé le commencement des travaux. Un retard accentué par le fait que les propriétaires ont attendu cinq mois pour déclarer le sinistre, ce que l'assureur ne se prive pas de soulever pour sa défense. Par ailleurs, le cabinet médical étant vacant au moment du sinistre, les propriétaires ont dû démontrer leur intention de le louer pour invoquer la « perte de chance » de percevoir des loyers en attendant que le bien soit remis en état. Ils y parviennent en produisant des annonces d'offres de location parues dans le journal. La notion de perte de chance continue de s'inviter dans tous les tribunaux.

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