[DOSSIER] Dossier agriculture 2/5

L'agriculture évolue, les risques aussi

L'agriculture évolue, les risques aussi

Bouleversements économiques, réglementaires, sociétaux, climatiques, technologiques : l’agriculture évolue dans un environnement mouvant, générateur de vulnérabilité. À l’image des changements qui touchent le paysage rural, la cartographie des risques agricoles se modifie.

Au cours des cinquante dernières années, le secteur agricole s’est profondément transformé. Sous l’effet de la modernisation des outils de production, les petites exploitations ont laissé la place à des ­organisations de taille plus importante. Dans le même temps, les aides au secteur ont été réformées, les marchés des matières premières se sont ouverts, et les conditions économiques se sont durcies, fragilisant de nombreuses filières. Ainsi, de crises aiguës en modifications plus sourdes de l’environnement économique, sociétal et réglementaire, l’agriculture poursuit sa mue à un rythme soutenu pour s’adapter, mais aussi pour se réinventer. « Le secteur agricole n’a jamais foisonné d’autant d’idées et de projets innovants en vue d’exercer le métier différemment », observe Sébastien Mérat, risk manager du cabinet Peri G.

Subies ou souhaitées, ces mutations modifient la cartographie des risques.

Un environnementéconomique plus dur

Au fur et à mesure des réformes de la Politique agricole commu­ne (PAC), le filet de sécurité que ­représentaient les prix garantis et les systèmes de stabilisation des cours s’est effiloché exposant les agriculteurs à la ­variabilité des marchés. Un risque désormais au cœur des préoccupations du secteur avec ceux relevant des aléas climatiques et des problèmes sanitaires. « La problématique de garantie des prix est devenue prioritaire pour le secteur agricole qui subit des fortes fluctuations des prix, du fait ­notamment de la spéculation sur les marchés à terme », confirme Cédric Tétard, directeur général de Gras Savoye Tétard. «Les récentes baisses des cours enre­gistrées se voient aggravées par les réfactions (réduction de prix), logiquement opérées par les ­organismes stockeurs du fait d’un manque de qualité. C’est la “double peine” avec un revenu qui, dans nombre de cas, ne couvre même plus les coûts de production. » Dans ce contexte, des réflexions sur la mise en place d’outils de « stabilisation des revenus » ont été lancées à l’occasion de la préparation de la PAC « post 2020 ». Pour alimenter les débats, des assureurs commen­cent à tester des contrats permettant de couvrir le chiffre d’affaires des exploitations.

Cédric Tétard, directeur général de Gras Savoye Tétard (société du groupe Willis Towers Watson)
« L’offre des acteurs traditionnels évolue peu »

  • Quels sont selon vous les risques les plus prégnants en agriculture ?
    Outre l’évolution des marchés mondiaux qui conduit à une volatilité des prix, la diversification vers les énergies renouvelables et les évolutions réglementaires sont aujourd’hui sources de risques importants. Je pense notamment à la réglementation en matière de risques environnementaux et aux évolutions jurisprudentielles en matière de faute inexcusable de l’employeur.
  • Trouvez-vous des solutions adaptées à ces nouveaux enjeux ?
    Souvent les garanties proposées par les assureurs traditionnels du secteur agricole sont limitées parce que leur offre évolue peu. Il nous faut alors chercher des garanties auprès d’assureurs spécialisés qui appliquent, pour certains risques comme le photovoltaïque ou la méthanisation, des conditions de souscription plus adaptées. Dans ce contexte, les courtiers travaillant avec des réassureurs et assureurs, notamment étrangers, sont aujourd’hui bien placés pour répondre à ces nouveaux besoins en créant, en innovant et en faisant émerger de nouvelles offres. Gras Savoye a été à l’origine des premiers tests en matière de couverture des risques de « prix », des produits qui commencent à peine à voir le jour chez les assureurs traditionnels.
    Propos recueillis par E. D.

Des aléas climatiquesplus fréquents

Avec les risques sanitaires, dont certains sont couverts par le Fonds national agricole de mutualisation des risques sanitaires et environnementaux (FMSE), les aléas climatiques font partie des principales menaces qui pèsent sur le secteur agricole. En témoigne les baisses de rendement enregistrées (jusqu’à 30 % pour le blé tendre) à la suite de la série d’intempéries survenues en 2016. Ces risques sont désormais couverts par un système d’assurance qui a fait l’objet d’une ­réforme en 2015. Mais la souscription des contrats multirisque climatiques sur récolte peine à décoller. Seulement 26 % des surfaces agricoles sont assurées en 2016, selon le ministère de l’Agriculture. Des évolutions du dispositif sont à l’étude afin d’accélérer la diffusion de cette assurance et accroître la résilience des exploitations.

Des exploitations plus structurées

Modernisation des équipements, accroissement de la taille des exploitations, tendance à la spécia­lisation : autant de facteurs qui augmentent l’exposition aux risques. Autre évolution : « De plus en plus d’agriculteurs sont aujourd’hui des employeurs de main-d’œuvre et s’exposent donc au risque de voir leur responsabilité en tant qu’employeur recherchée. En cas d’accident subi par un de leurs salariés, ils devront démontrer qu’ils ont mis en œuvre des mesures pour prévenir les risques d’accident », observe ­Jérôme ­Laporte, responsable ­prévention de Groupama. Avec l’évolution de la jurisprudence en cas de faute inexcusable reconnue après un accident dont la victime est un employé, la réparation du préjudice peut atteindre des sommes importantes. Des solutions d’assurance existent, mais selon ­Cédric Tétard, souvent « les garanties proposées sont limitées à 750 000 € ou 1 M€, alors qu’il faudrait au minimum couvrir ce risque à hauteur de 3 M€ ».

Les chiffres

1,8 Md€, le chiffre d’affaires de l’assurance agricole en France en 2015 (3,44 % du marché français de l’assurance de biens et responsabilité). Deux principales lignes de produits :

  • Garanties incendie et multirisque de l’exploitation : 784 M€ (+1,16 % par rapport à 2014).
  • Assurance grêle et multirisque climatique sur récolte : 431 M€ (-4,85 % par rapport à 2014) Solde du compte technique de l’assurance dommages agricole : -1,5 % des primes nettes en 2014.
    Source - FFA.

Des réglementations plus contraignantes

Les agriculteurs évoluent dans un cadre réglementaire qui ne cesse de se renforcer et au sein d’une société de plus en plus exigeante. D’où des sinistres en responsabilité civile plus fréquents. « La judiciarisation de la société conduit à des recours plus fréquents contre les agriculteurs, une tendance renforcée par les possibilités de traçabilité permettant de remonter à la source plus facilement », note Patrick Degiovanni, directeur général adjoint de Pacifica. Sur le front des risques environnementaux, les cas de grosses pollutions avérées restent rares, selon Sébastien Mérat, mais la sensibilisation des exploitants s’avère nécessaire, tout comme l’adaptation des contrats. « En assurance agricole, la couverture des dommages environnementaux est limitée à 300 000 €, alors qu’il y a eu des dossiers à 700 000 € », note le risk manager de Péri G. Couverture insuffisante ou « garanties limitées à la seule pollution accidentelle », comme l’observe Cédric Tétard, les acteurs historiques de l’assurance agricole se montrent encore assez frileux vis-à-vis des risques d’atteinte à l’environnement, conduisant les courtiers à se tourner vers des assureurs spécialisés.

Un secteur en pleine mutation

  • 452 000 exploitations agricoles en 2013 (dont environ 300 000 dites professionnelles), en baisse de 3 % par an, une tendance qui devrait se poursuivre à l’horizon 2025.
  • 125 000 € la production brute standard en 2013, +20 % en trois ans.
  • 61 hectares, la surface agricole utilisée (SAU ) moyenne par exploitation en 2013, contre 41 hectares en 2000.
  • 69,4 quintaux par hectare, le rendement moyen du blé en 2006, contre 30 dans les années 1960.
  • 159 470 exploitations individuelles en 2013 contre 170 390 en 2010.
  • 150 300 salariés permanents en 2013 (130 300 ETP) contre 148 200 en 2010 (126 500 ET P).
  • Source : service de la statistique et de prospective du ministère de l’Agriculture

Des activités plus diversifiées

Après une période de spécialisation, la tendance est à la diversification des activités. Ainsi l’accueil du public, la transformation de produits et la vente directe se développent, augmentant ainsi les risques de mise en cause en cas d’incidents, et nécessitant parfois des ajustements de contrats. Autres axes de diversification : la production d’énergie. Après l’installation de panneaux photovoltaïques, certains exploitants se lancent dans la métha­nisation, « une activité qui présente des risques qui ne sont pas anodins, parce qu’elle génère des gaz ­inflammables », précise Luc ­Pasquier, « Mais ces risques ne sont pas inassurables », selon Aviva qui compte une vingtaine de sites de méthanisation dans son portefeuille. Mais dans l’ensemble, l’appétit des assureurs historiques pour la production d’énergies ­renouvelables reste assez limité. Des solutions existent du côté des acteurs qui couvrent les risques industriels. « Nombre d’entre eux ont développé des garanties adaptées, mais bien évidemment avec des exigen­ces de prévention et de protection accrues. », selon Cédric Tétard.

La taille croissante des exploitations, la spécialisation et l’augmentation des capitaux sont des facteurs d’augmentation de l’exposition aux risques

Patrick Degiovanni, directeur général adjoint de Pacifica

Des outils de productionplus modernes

Drones et capteurs pour analyser et surveiller les cultures, robots de traite ou de désherbage, engins agricoles autoguidés, tracteurs automatisés voire autonomes… Sur le terrain, les nouvelles technologies constituent des outils d’aide à la décision, des sources de gain de ­productivité, et aussi des moyens de mieux maîtriser les risques (alerte en cas d’anomalies, vision plus fine des conditions météorologiques et des besoins en eau ou en intrants).

Revers de la ­médaille : elles sont aussi porteuses de risques obligeant les agriculteurs à faire évoluer leur pratique – prévoir un fonctionnement en mode dégradé en cas de panne – et les assureurs à faire évoluer leur contrat.

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