Les agences de notation, face aux risk managers ?

Les agences de notation, face aux risk managers ?
Géraldine Sutra, présidente de Strat & Risk

Le règne dominant de l'opinion des agences de notation ne va pas sans une participation des risk managers. Leurs analyses, leurs indicateurs, leur cartographie des risques... tout concourt à influencer la note.

Alors que Fitch vient de confirmer la perte du triple A dont bénéficiait jusqu'à présent la France depuis 1975, les analyses vont bon train sur les incidences - ou non - de cette dégradation. Les débats ouverts à propos de la fiabilité de ces analyses lors de la crise financière des subprimes sont relancés, tandis que plusieurs économistes minimisent la portée de ces notations. Les comportements sont similaires lorsqu'ils sont ramenés au monde de l'entreprise : la presse économique suit attentivement les abaissements de notation des entreprises, et les dégradations de Fitch, Moody's ou Standard et Poor's (S et P) sonnent comme des alertes punitives sur la malheureuse concernée.

PARCOURS

Diplômée d'HEC et d'un DEA en droit, Géraldine Sutra est experte en risk management, présidente de Strat et Risk, cabinet de conseil spécialisé dans ce domaine. Elle a soutenu à HEC une thèse professionnelle sur la complémentarité des outils du risk management et de la stratégie. geraldine.sutra@strat-risk.com

Panasonic, PSA, ArcelorMittal, Sony et beaucoup d'autres encore en ont fait les frais ces derniers mois. Même les réassureurs n'ont pas été épargnés, puisque S et P les alertait il y a un an déjà sur leur stratégie et les invitait à impulser de l'innovation afin d'améliorer leur rentabilité. Karin Clemens, spécialiste du secteur dans cette agence, indiquait, alors, que « leur rentabilité est sous pression dans un environnement très incertain » et les invitait à réfléchir à une stratégie de différenciation.

Vu sous un certain angle, les agences de notation font et défont les stratégies. En émettant un simple avis ou une notation, les investisseurs - et autres parties prenantes - sont influencés dans leur choix. Ainsi, chacun se trouve vite concerné par les analyses des agences de notation, et parfois à plusieurs titres : en tant qu'investisseur ou actionnaire, en tant que salarié si c'est son entreprise qui est notée, et même en tant que citoyen-contribuable pour les notations étatiques.

Le diktat des agences de notation

Aussi est-il difficile d'échapper aux agences de notation. Il est toujours tentant de critiquer tour à tour une notation en invoquant son manque de fiabilité ou d'indépendance, puis de s'y référer avec avidité dans l'instant qui suit pour des prises de décisions majeures, en se retranchant derrière le contenu de l'analyse, qui aura finalement le mérite d'être considérée comme objective. La raison en est probablement cette diversité d'intervention, qui amène parfois à une quasi-schizophrénie en fonction de la perspective. Les notations font donc largement foi dans notre environnement économique. Critiquée ou valorisée, la notation reste une référence, considérée malgré tout comme neutre et objective.

L'attribution d'une bonne note apparaît ainsi comme un facteur déterminant dans les relations qu'entretiennent les entreprises avec leurs banques et leurs investisseurs en encourageant des refinancements à bon compte. Plus généralement, davantage qu'une appréciation financière, la notation est perçue comme une appréciation sur la fiabilité stratégique de l'entreprise. C'est un avis sur sa pérennité. Donc, nécessairement, son image en subit le contrecoup. Que Moody's menace de dégrader la note d'Altsom qui révise à la baisse ses perspectives de croissance pour l'année 2013, la presse économique s'en fait immédiatement l'écho. Qu'EADS ait une perspective positive, la communication en est faite sur le site Internet de l'entreprise.

Dans la perspective de ces notations, les risk managers sont parfois sollicités pour répondre aux agences de notation. Et autant le savoir, même sans sollicitation directe du risk manager, son travail contribue directement à l'attribution de cette note. Alors, autant s'y préparer et organiser sa contribution.

Les éléments d'analyse des agences de notation sont certes financiers et recouvrent, bien sûr, l'analyse des ratios financiers traditionnels, ceux relatifs aux perspectives de croissance, l'évolution de la part de la dette, du profil de liquidité, etc. Néanmoins, et comme le montre l'exemple récent d'Alstom, ces ratios financiers ne sont pas les seuls éléments d'appréciation de l'analyse des agences de notation, dont les champs d'investigation sont plus larges. Sur ces autres éléments, le risk manager participe, de façon directe ou indirecte, à cette appréciation. Voici quelques pistes de cette contribution.

Le risk manager mène ses travaux sur les risques émergents, tant dans l'analyse de leur contenu que dans la réflexion sur la mise en place des solutions assurantielles les plus adaptées.

Tenir compte de l'environnement de l'entreprise

Les agences de notation prennent en compte la ligne stratégique de l'entreprise étudiée, la vision qu'elle a de son avenir, mais aussi sa déclinaison pratique. Or, les travaux menés par le risk manager permettent de sécuriser le business model. L'identification des risques, leur suivi et traitement se font dans une logique de mise en perspective avec les objectifs de l'entreprise. La mise en place de plans d'actions sécurise le business model évalué et contribue de ce fait à renforcer la fiabilité de la déclinaison stratégique.

La prise en compte des risques endogènes et exogènes dans la démarche de management des risques invite aussi à se projeter en dehors de l'entreprise et à s'intéresser au contexte économique dans lequel elle évolue. Cette projection vers l'extérieur se recoupe avec les éléments d'analyse des agences de notation quant à l'appréciation de la concurrence dans le secteur (market conditions) et permet d'évaluer la capacité d'anticipation, donc d'adaptation, de l'entreprise.

Une autre contribution du risk manager est constituée des travaux qu'il mène sur les risques émergents, tant dans l'analyse de leur contenu que dans la réflexion sur la mise en place des solutions assurantielles les plus adaptées. Ils démontrent aussi cette capacité à se projeter et à anticiper les coups, en d'autres termes, à valoriser la robustesse de son entreprise face aux situations les plus critiques.

La mise en place d'indicateurs (key risk indicators) ainsi que le développement d'un système de gouvernance des risques avec la mise en place de relais clairement identifiés dans l'entreprise concourent à la transparence. Si le système est bien organisé, il est difficile de cacher un risque sous le tapis. C'est un argument qui concourt aussi à la valorisation de l'entreprise.

Même si la piste reste encore bien trop souvent inexploitée, en envisageant les scénarios possibles pour construire une politique assurantielle adaptée, le risk manager fournit des éléments clés de scénarios, qui pourraient être aussi repris par les directeurs financiers dans la perspective de leurs propres scénarios de crash tests.

CINQ CRITÈRES POUR UNE NOTE

Si l'on se réfère aux recommandations publiques de Standard et Poor's, sont pris en compte dans la notation les éléments suivants.

  • Les risques liés à la gouvernance : existence d'une politique d'appétence au risque, d'un référentiel de gestion des risques, d'une répartition claire des rôles et des responsabilités, d'une culture du risque, d'un dispositif de surveillance des risques stratégiques...
  • Les risques opérationnels : variables en fonction des secteurs d'activité, des pays...
  • Les risques de crédit : l'existence de liens entre les engagements financiers et la politique d'appétence au risque, l'encadrement des engagements financiers...
  • Les risques du marché : la connaissance de ses concurrents, de son marché, la prise en compte des risques émergents... et, d'une façon générale, l'influence de la gestion des risques dans les prises de décision stratégiques.
  • Les risques de liquidité et de financement.

Le risk manager au plus près de la stratégie d'entreprise

Enfin, de façon peut-être plus directe, les travaux du risk manager contribuent aussi à la notation extra-financière, destinée à mesurer les comportements de l'entreprise dans le cadre de sa responsabilité sociétale.

Le risk manager trouve aussi son intérêt à cette contribution aux évaluations menées par les agences de notation dépassant le cadre de l'analyse stricte des seuls ratios financiers. Ce faisant, il devient acteur en contribuant à la notoriété de son entreprise, en pilotant un dispositif encourageant à la transparence et à la maîtrise de la stratégie déployée. Et les remarques qui accompagnent les notations peuvent aussi constituer une reconnaissance objective du travail effectué en équipe par les agences et le risk manager.

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