[DOSSIER] Risk management 4/7

Les risk-managers aux manettes grâce aux captives

Tournant le dos à son image de véhicule d'évasion fiscale, la captive est aujourd'hui un outil de pilotage multifacette des risques des entreprises. Elle donne au risk-manager des compétences supplémentaires et crédibilise son plan de prévention auprès de l'encadrement.

Elles ont perdu de leur réputation sulfureuse. Les quelque six mille captives, dont plus d'une centaine détenues par des entreprises françaises, ne sont plus accusées d'être de simples montages d'optimisation fiscale. Une évolution qui élargit le rôle du risk-manager, amené à effectuer des arbitrages. « Il étend son champ de compétence à des aspects comme la gouvernance, la gestion financière et la maîtrise de la chaîne internationalisée de l'assurance et de la réassurance », se félicite Stéphane Yvon, directeur de la division assurances d'EDF.

Offensive ou défensive

Les domaines d'intervention ne manquent pas. « La création d'une captive peut être motivée par le souhait d'augmenter une franchise. Mais elle peut également constituer un véhicule offensif lorsque les garanties demandées sont insuffisamment couvertes par le marché », expose Martin Ferté, directeur exécutif IARDT de Siaci Saint-Honoré. Marine Charbonnier, directrice du département risques financiers d'Axa Corporate Solutions, affirme que « 70% des risques étant non assurables, les entreprises doivent trouver des solutions alternatives ».

Vouées à absorber les sinistres de fréquence, les captives se rencontrent essentiellement dans des secteurs « où l'activité est sensible et les couvertures d'assurance sont chères », remarque Véronique Turinaz-Postel, directrice management marché d'AGCS, dont cette activité représente 10% du chiffre d'affaires brut en primes.

Le point d'inflexion d'une captive est défini individuellement par le profil de l'entreprise et son appétit aux risques. Ou par son esprit de fronde, comme le confie Étienne Charpentier, directeur réassurance structurée et captives d'Aon Risk Solutions : « Des entreprises ayant peu de sinistres sont pénalisées par celles qui en ont beaucoup plus. La création d'une captive permet de ne pas subventionner les risques des autres ! »

À l'inverse, la captive peut être utilisée dans le cas d'entreprises ayant subi trop de sinistres. « Nous les aidons alors par l'intermédiaire d'une captive à réintégrer le monde de l'assurance », note Paul Wöhrmann, Head of Captive Services for Europe, Asian et Pacific and Latam chez Zurich Insurance Company, qui gère 210 captives de par le monde.

Au-delà de ces motivations, la captive n'a de sens que si elle permet des économies à l'entreprise et évolue à une certaine échelle de grandeur. Yannick Zigmann directeur général de la société luxembourgeoise Risk et Reinsurance Solutions (2RS) estime ainsi qu'« il est néanmoins insensé de songer à une captive sous la barre des 400 millions d'euros de chiffre d'affaires ».

Le levier n'est pas seulement financier. La captive offre aussi au risk-manager un précieux outil de gestion interne : le reporting et les tableaux de bord. « Elle apporte une meilleure maîtrise de la prévention et du lien avec les business units au travers de l'indemnisation des sinistres. Il s'agit d'un processus d'optimisation en continu », expose Stéphane Yvon. « Nous faisons partie des personnes les mieux informées de la maison ! », affirme un autre risk-manager.

De là à faire du gestionnaire de risques l'homme clé de l'entreprise, il n'y a finalement qu'un pas. « Les risk-managers sont aujourd'hui mieux écoutés, notamment par le directeur financier, de par l'impact direct sur les comptes de l'entreprise », observe Véronique Turinaz-Postel.

« Le fait de détenir une captive pour notre département assurances est une marque de professionnalisme et de modernité », renchérit Stéphane Yvon. Sans compter l'influence stratégique d'un tel montage. « Son intérêt réside au niveau de la protection du bilan. Notre action se situe au coeur de l'entreprise. Nous devons anticiper sur sa vie de dix-huit mois au moins, voire de trois ans », explique Yannick Zigmann.

Rapport de force inversé

Mais cette influence stratégique s'exerce aussi sur le marché de l'assurance. Un risk-manager se souvient des négociations très dures après le 11 Septembre. « Nous ne voulons plus être prisonniers des assureurs », lance celui qui affirme être désormais en position de force. En fin d'année, il n'hésite pas à recourir au chantage avec les assureurs : « La captive est mon assurance tous risques. Quand on met un risque dans une captive, il ne revient plus sur le marché. »

Les solutions captives ont même tendance à se diversifier. Aon Risk Solutions développe ainsi un modèle de « captive mutuelle » pour les risques requérant une grande technicité, comme la perte de revenus liée à la variation des cours du grain, ou pour la responsabilité civile médicale de chirurgiens, obstétriciens, anesthésistes, selon une transposition de pratiques nord-américaines.

Ces nouvelles entités risquent-elles de se substituer aux risk-managers ? Étienne Charpentier se veut rassurant : « La captive mutuelle pourra jouer à terme un véritable rôle de conseil en gestion des risques pour les sociétés membres. Mais elle pourra s'appuyer sur un risk-manager, véritable courroie de transmission entre les besoins de couverture des risques de ses membres et elle-même. »

Une compagnie d'assurances à part entière

Qu'elles soient d'assurances ou de réassurance, les captives sont considérées comme des compagnies à part entière, donc soumises aux contraintes réglementaires et techniques en vigueur sur leur marché d'établissement. D'après l'article L. 11-3 du code des assurances, une captive d'assurances peut opérer en libre prestation de services dans tous les pays de l'Union européenne. Toutefois, une captive de réassurance ne peut pas traiter directement avec sa maison mère, elle doit recourir à un assureur « fronteur », qui se rémunérera en pourcentage du volume des primes pour l'émission des polices locales, la gestion des sinistres et le capital alloué. En retour, la captive réassure le « fronteur » et rétrocède tout ou partie de ses risques à des réassureurs du marché. « Nous restons soumis, comme toute autre compagnie, à des impératifs de mutualisation ou de diversification, ainsi qu'à l'environnement réglementaire », résume Stéphane Yvon, risk-manager, directeur de la division assurances d'EDF.

MICHEL BLANC, risk-manager et directeur assurances du groupe chimique ARKEMA

« Mieux maîtriser le risque au niveau mondial »

Quelles raisons vous ont amené à vous doter d'une captive ? Dans notre secteur d'activité, le risque est multiple et omniprésent, mais celui qui domine est l'incendie. Une captive permet de coordonner de manière centralisée et homogène les couvertures, de mieux maîtriser le risque au niveau mondial et de déployer dans vingt pays différents la même qualité d'assurance à tous les sites. Ainsi, les petites filiales profitent d'une franchise inférieure à celle qu'elles obtiendraient sur le marché. Dans le cas où les assureurs du marché élèvent leur point d'intervention, il est possible, grâce à une captive, de maintenir les franchises des filiales à un niveau stable en augmentant les engagements de cette captive. Celle-ci permet aussi de stabiliser les programmes et augmente notre crédibilité. Modifie-t-elle la position du risk-manager au sein du groupe ? On me demande régulièrement de justifier l'existence de la captive en produisant des chiffres, et, par là même, notre valeur ajoutée. C'est un fait qu'un faible niveau de prime est fonction d'une bonne politique de prévention. Une captive permet de mieux connaître la sinistralité d'un groupe. Elle couvre certains risques qui ne seraient pas couverts par les assureurs.

PROPOS RECUEILLIS PAR M. L.

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