[DOSSIER] Dossier risk management : Risques émergents 8/9

Maladies émergentes : quand un problème ponctuel peut devenir planétaire (Dossier risk management)

Maladies émergentes : quand un problème ponctuel peut devenir planétaire (Dossier risk management)

À l’heure où les maladies infectieuses émergentes se propagent, se disséminent et mutent dans le monde entier, les assureurs s’organisent pour apporter des réponses actuarielles.

Cinq, ils en ont isolé cinq. À Genève, des scientifiques et des experts de la World Health Organisation ont jugé que la fièvre hémorragique de Crimée- Congo, le virus Ebola, la fièvre Lassa, le MERS (coronavirus) et le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) constituent les pathogènes émergents à même de générer des risques sévères, aucun remède n’existant à ce jour. Outre cette liste prioritaire, le virus Zika, le chikungunya, le sida, la tuberculose, la malaria, la grippe aviaire ou encore la dengue (voir carte) qui génèrent moins de décès mais beaucoup de cas d’incapacités de travail et d’invalidités dans divers endroits du monde, ont été estimés « sérieux ». L’augmentation de la population mondiale, la prolifération de nouveaux virus, l’explosion du nombre de voyageurs ou encore le recul de la ruralité justifient, entre autres, l’accroissement d’une veille soutenue sur ces maladies infectieuses. En France, les assureurs, eux, s’organisent depuis l’an dernier pour trouver les capacités de couvertures, sachant que le Bureau commun d’assurances collectives (BCAC) (1), membre du groupe paritaire de protection sociale B2V, avait engagé une réflexion sur le sujet dès 2012. « Il faut mesurer les risques de surmortalité, puis faire appel à la réassurance dite traditionnelle. Selon la capacité des réassureurs et le coût de la réassurance, il est parfois intéressant de mettre en place une couverture complémentaire non traditionnelle de titrisation », détaille Didier Weckner, président du BCAC, qui a accompagné la mise en place de cette protection de réassurance couvrant les assureurs opérant en prévoyance, contre les dérives de sinistralité lié aux pandémies. Didier Weckner, également directeur d’Axa Solutions Collectives, parle en connaissance de cause, car Axa Global Life a placé, en avril dernier, 285 M€ d’obligations indexées sur la mortalité excessive auprès d’investisseurs institutionnels, les mortality bonds. La couverture du BCAC a, elle, été construite par le département technique de B2V avec l’apériteur Swiss Re et le courtier Guy Carpenter. Au programme : modélisation, mise en place de l’indicateur et rédaction du traité de réassurance d’une capacité de 50 M€. Un casse-tête sachant que Solvabilité 2 induit un bloc spécifique d’exigences en capital pour ce type de risques. « En cas de pandémie, la couverture proposée par le BCAC absorbe les coûts relatifs aux décès qui dépasseraient le seuil de déviation de mortalité défini au préalable », précise Isabelle Pécou, directeur général de B2V.

Une assurabilité sujette à caution

Les réassureurs restent donc aux premières loges pour évaluer techniquement et médicalement ces dangers. Et ce, à l’aune de deux craintes : la propagation rapide et la mutation des virus. Chez Scor, Vincent Lepez, directeur de la tarification de la branche vie et santé, confirme que le risque pandémie peut être évalué et couvert dans le cadre de l’assurance décès. Toutefois, lorsque la demande de souscription survient après l’émergence d’un risque pandémique, l’assurabilité est sujette à caution. Premier indicateur : « les maladies qui ont un taux de létalité de 30 % sont difficilement assurables », affirme Gabriela Buffet, médecin en charge de la veille pandémique chez Scor. En dessous de ce seuil, il est possible de répondre aux demandes d’entreprises ou d’ONG qui expatrient des salariés dans des pays à risques. « Les expatriés situés dans des zones proches d’Ebola seraient, par exemple, assurables au titre d’une contamination fortuite, avec des exclusions liées à l’application stricte de mesures de protection afin de contrôler leur exposition », détaille Vincent Lepez qui bâtit des scénarios extrêmes comme celui de la réapparition de la variole ! « Nos modèles tiennent notamment compte des caractéristiques de l’agent pathogène, des facteurs de transmission de la maladie, de la densité d’habitat de la zone touchée, de l’environnement économique, des ressources médicales disponibles et de la politique de santé publique pratiquée », précise Gabriela Buffet. Reste des tarifs élevés résultant de l’incertitude statistique au début des épisodes épidémiques. « Dans le cas où l’incidence réelle du risque aurait été largement surestimée, des mécanismes de remboursement partiel de primes peuvent être envisagés », confie Vincent Lepez. Bien que majeur, ce risque souffre d’une faible prise de conscience collective. Et si les assureurs cherchent, eux, à se couvrir, entreprises et particuliers ne sont pas forcément au fait de ce à quoi leur donneraient droit leurs couvertures en santé et prévoyance. « Une pandémie de grande ampleur changerait la donne, mais il serait alors trop tard pour s’assurer et les couvertures futures se trouveraient ajustées de cette expérience nouvelle », note Vincent Lepez.

1. Allianz IA RD, Allianz Vie, Aviva Vie, Axa France IA RD, Axa France Vie, CNP Assurances, Generali IA RD, Groupama Gan Vie, La Mondiale, Predica, Quatrem Assurances collectives, SwissLife Prévoyance et santé.

  • La pandémie est maladie infectieuse qui touche la population d’une zone très étendue du globe et dont on mesure le risque par l’indice de déviation de mortalité standard, autrement dit taux de létalité (1).
     
  • Ce que l’assurance couvre : le risque décès. Les coûts qui dépasseraient le seuil de déviation de mortalité sont transférés au réassureur. Ce seuil (1,5 décès lié à la pandémie pour 1 000 décès) peut s’appuyer sur les informations fournies dans les états réglementaires comptables transmis chaque année à l’ACPR par les assureurs.
     
  • Ce que l’assurance ne couvre pas (ou peu) : l’arrêt de travail, les coûts liés à des maladies résultant de la pandémie et les risques liés à l’assurance dommages telle la perte d’exploitation.

1. Proportion de personnes décédées parmi celles ayant contracté l’infection.

Jean Kramarz, directeur Santé International d’Axa Assistance : «Une épidémie devient vite une pandémie»

  • Comment évolue la gestion des risques sanitaires dans le monde ?
    On observe une montée des risques avec un double impact sur la santé physique des personnes et celle, économique, de leur entreprise. Un virus tel le chikungunya ou la dengue (NDL R : maladies infectieuses tropicales) devient donc un paramètre important de notre écosystème. Mais ce n’est pas tant la fréquence qui a augmenté que la diffusion de ces maladies en raison des flux de voyages internationaux. Les poches de risques se disséminent. La grippe aviaire, par exemple, a généré des microfoyers infectieux dans le monde. Plus personne n’est à l’abri. Une épidémie peut vite devenir une pandémie.
     
  • Comment prenez-vous en charge ce phénomène ?
    Nous gérons le risque direct sur la personne et sommes en vigilance permanente pour renseigner les voyageurs et les entreprises. En ce moment, nous suivons l’évolution du virus Lassa au Nigéria. Vis-à-vis d’Axa, nous sommes le référent clinique. Pour nous, ces phénomènes se gèrent d’abord dans le temps court du conseil rapide et de l’assistance immédiate au voyageur. Puis intervient la réflexion actuarielle et juridique qui se déroule dans une échelle de temps différente.

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