[DOSSIER] Spécial risk management 2/7

Risques politiques : une réalité globale

Née du Printemps arabe et de son lot d'émeutes et de confiscations, la prise de conscience chez les risk managers de la nécessité de se protéger contre les risques politiques s'est accrue lors des récents événements géopolitiques survenus en Ukraine et en Afrique.

Ce n'est sans doute pas un hasard si une récente enquête de la Ferma (fédération européenne des associations de risk management) place les risques politiques en première position des inquiétudes des risk managers européens : risques de terrorisme et de sabotage, risques de grèves et de dégradations aux biens, risques de révolutions, de coup d'État et de guerre civile...

Aider l'entreprise

« Concrètement, pour les entreprises présentes localement, cela peut se traduire par des ruptures de contrats, des changements de législations, des expropriations, des nationalisations, voire la confiscation des assets, la destruction des moyens de production et la séquestration du personnel, en cas de conflit armé. Les conséquences peuvent être dramatiques », estime Gilbert Canameras, président de l'Amrae. Et d'ajouter : « Si les cartographies ont le mérite de donner une vision d'ensemble de ces risques dans le monde, elles sont à mettre à jour en temps réel, tant les situations évoluent vite. Bien souvent, c'est seulement une partie ou une région d'un pays qui est concernée par le risque politique et pas le territoire dans son ensemble. Il faut donc être précis dans l'analyse et étudier les risques presque au cas par cas. Le risk manager mène ainsi une analyse pays par pays, aidé par les informations qu'il reçoit des filiales sur le terrain, des pouvoirs publics et des cabinets d'études indépendants ».

Les courtiers et les assureurs présents sur ce marché proposent également leur accompagnement. « Nous sommes là pour aider l'entreprise à étudier le panel des solutions à sa disposition pour gérer ses risques. L'assurance est une solution parmi d'autres », explique-t-on chez Gras Savoye. Le discours est plus tempéré chez Aon, où l'on déplore que, contrairement aux grands groupes, les PME exportant leurs produits à l'étranger n'aient justement pas le réflexe de s'assurer, alors même qu'une société sur quatre a fait faillite en 2014 à cause d'un défaut de paiement. « Les risques politiques sont des risques d'anticipation, les conséquences de l'embargo russe sur les produits français ont été rapides et fulgurantes pour certaines PME. Et l'on n'est pas à l'abri demain d'une crise au Brésil ou en Chine, par exemple. Plus que jamais, l'assurance s'impose », lance Céline Vavon, directrice crédit et risques politiques d'Aon France.

Dans les multinationales, le choix de conserver certains risques en interne est pourtant mis dans la balance, notamment pour des raisons budgétaires.

Une couverture globale pour des coûts optimisés

« Le risk manager émet des avis, en s'appuyant sur son analyse du risque et des coûts. La décision se prend ensuite à deux niveaux : au niveau des managers et du comité de direction s'il s'agit de risques touchant au matériel et aux équipes de l'entreprise, et même au niveau des actionnaires et du conseil d'administration si les risques concernent le patrimoine ou le capital », explique Gilbert Canameras. Pourtant, dans les faits, Gras Savoye constate que les entreprises n'ont pas toujours la possibilité de conserver certains de leurs risques : « Même si les capacités d'assurance n'ont jamais été aussi grandes qu'aujourd'hui sur le marché des risques politiques, la sélectivité est grande et il est parfois difficile de trouver à s'assurer sur certains pays. La tendance est donc plutôt de demander aux assureurs une cotation pour l'ensemble du portefeuille : cette mutualisation est parfois la seule façon de trouver des garanties sur une zone considérée comme trop difficile. » En outre, une couverture globale du portefeuille revient souvent moins cher que la multiplication de polices individuelles, même si la mutualisation entre les bons et les mauvais risques est moins efficace qu'avant, du fait de leur éparpillement sur la planète. Peu d'exclusions donc, mais plutôt des restrictions et une forte sélectivité, assortie de plafonds de couverture par pays...

« Historiquement, les assureurs publics étaient très présents sur les risques politiques, mais ce sont aujourd'hui principalement des assureurs privés qui couvrent ce marché, qui s'est beaucoup développé depuis deux à trois ans. La baisse des rendements sur les marchés financiers et les besoins accrus de couverture des multinationales expliquent l'engouement des investisseurs », commente Gilbert Canameras. Jean-Luc Debièvre, directeur risques financiers et politiques de Gras Savoye a une autre explication : « La fréquence des sinistres est faible, et le ratio S/P assez bon comparé à d'autres risques, c'est pourquoi les risques politiques attirent des capacités croissantes depuis quinze ans, et ce même si les tensions sont vives un peu partout. Mais attention, si la fréquence des sinistres est faible, leur magnitude peut être très forte. » D'où la nécessité de prendre des garanties solides auprès des réassureurs, qui eux aussi jouent la carte de la mutualisation.

Il est important de couvrir les exportateurs et les investisseurs sur l’ensemble des risques politique, export, importation, financier et investissements. Aujourd’hui plus que jamais, les risques politiques doivent s’appréhender de façon globale.

Olivier Oechslin, directeur groupe single risk de Coface

 

Bien analyser et évaluer

Même inquiétude à l'Amrae où l'on juge que les fortes capacités présentes sur ce marché ne sont pas éternelles. « En cas de gros sinistres, les assureurs joueront leur rôle, mais les investisseurs risquent ensuite de se retirer du marché.

La solution ? « Bien analyser et évaluer les risques. Des actions de prévention sur un risque aussi imprévisible, et externe par nature, paraissent difficiles à mettre en place, mais décider de faire transiter ses marchandises sur une voie maritime moins risquée ou de s'approvisionner chez un fournisseur situé dans une zone moins exposée, voilà aussi les axes de travail des risk managers ! », estime Denis Bicheron, directeur grandes entreprises de Gras Savoye. Un avis partagé par Gilbert Canameras pour qui « les risk managers doivent effectivement prendre en compte l'ensemble des risques adjacents aux risques politiques (supply-chain, crédit-caution...) et raisonner globalement en termes de risque pays. »

PEU DE RÉGIONS ÉPARGNÉES

Les régions les plus exposées restent logiquement celles des zones de conflits, Afrique subsaharienne et Moyen-Orient en tête, suivies par l'Asie et l'Amérique latine. Mais les épicentres s'élargissent et certains risques touchent de nouveaux pays jusqu'ici épargnés. « Le risque politique est devenu une réalité globale, il n'est plus concentré uniquement dans les pays émergents, mais touche aussi les pays développés, notamment depuis la crise financière de 2008 », explique Beat Habegger, directeur des risques politiques chez Swiss Re.

MONTÉE DU RISQUE TERRORISTE

Le risque terroriste inquiète particulièrement car il représente un risque latent dans près de la moitié des pays du globe. La France est, avec l'Espagne, le pays européen où le risque de terrorisme et de sabotage ainsi que les risques de troubles et de dégradations aux biens sont les plus importants. « Les conséquences d'un attentat sur des pays ou des entreprises déjà fragilisés seraient catastrophiques pour l'équilibre économique et politique mondial », estime Céline Vavon, directrice crédit et risques politiques d'Aon France.

LA RUSSIE INQUIÈTE

Le cas de la Russie est préoccupant : sa situation s'est dégradée à la suite de son intervention en Ukraine, où la guerre civile menace, et à cause du retour de la corruption qui gagne du terrain. « Nous ne sommes pas à l'abri d'une crise financière en Russie », révèle-t-on chez Aon France. De leur côté, la Chine, la Turquie, le Brésil, l'Afrique du Sud et l'Inde doivent faire face à la volatilité de leur taux de change et/ou à un fort endettement de leurs entreprises. En 2014, les pays émergents ayant amélioré leurs risques politiques sont l'Indonésie, la Colombie, le Pérou, le Sri Lanka et les Philippines.

CONSÉQUENCES PARFOIS INATTENDUES

Fait nouveau : si les pays occidentaux sont souvent victimes des risques politiques, ils provoquent parfois eux-mêmes la survenance de ces risques. « Les récentes sanctions prises contre BNP Paribas ou les embargos syriens, libyens et russes décrétés par les instances internationales et nationales en sont des illustrations. Ces décisions entraînent des préjudices financiers pour ceux qui exportent ou qui investissement. Ce ne sont donc pas toujours ceux auxquels on pense qui provoquent les risques », détaille Jean-Luc Debièvre, directeur risques financiers et politiques de Gras Savoye.

DENIS BICHERON, directeur grandes entreprises de Gras Savoye « La France est, elle aussi, soumise aux risques politiques »

« Notre pays a déjà subi l'importation de conflits extérieurs sur son territoire, comme ce fut le cas, par exemple, avec l'attentat du RER B à Saint-Michel en 1995, qui était directement relié à la guerre civile algérienne. Les prises de position ou les interventions militaires françaises peuvent avoir des répercussions directes sur le risque terroriste. Les entreprises implantées en France sont donc elles aussi soumises au risque politique, les risk managers ne peuvent l'ignorer et le prennent au sérieux. Néanmoins, s'ils sont culturellement avertis et conscients des risques, on ne ressent pas de peur ou de catastrophisme. Et bien évidemment la nature de l'activité de l'entreprise [transports, institutions financières], sa localisation géographique [Paris ou province] et sa capacité à accueillir du public ou des touristes jouent beaucoup sur le degré de risque »

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