« Attention danger : restons techniques et vigilants »

Des affaires lourdement sous-tarifées font entrevoir des jours difficiles pour l'assurance construction, dans un contexte de reprise de l'inflation et de la sinistralité, mais aussi en pleine crise financière.

La croissance que connaît le BTP depuis plusieurs années a-t-elle des effets positifs sur l'assurance construction ?

Tout dépend de ce que l'on observe. Si l'on s'en tient au chiffre d'affaires de l'assurance construction, il est clair que sa progression reflète en partie la croissance économique du secteur du BTP. Cela explique d'ailleurs le regain d'appétence du marché pour cette branche. Mais le chiffre d'affaires est une chose, et les résultats techniques en sont une autre. En assurance construction, les faits sont « têtus » ! Cette branche requiert une approche très prudente des provisions techniques et doit mobiliser un niveau élevé de fonds propres, qu'il faut correctement rémunérer, et cela sur une très longue période. Grosso modo, il faut 1 E de fonds propres pour 1 E de chiffre d'affaires. Autrement dit, il est impératif que les tarifs permettent de dégager le résultat net correspondant.

À ce sujet, comment se comporte le marché actuellement ?

Nous observons que de nombreuses affaires sont techniquement très sous-tarifées. De toute évidence, les effets décennaux de la très forte inflation sectorielle sur le coût futur des réparations, et donc des sinistres, sont insuffisamment pris en compte dans l'élaboration des tarifs et dans l'évaluation des provisions. Les chiffres du marché montrent que la liquidation des provisions construction est chroniquement déficitaire, ce qui est l'indice d'une sous-évaluation persistante des provisions pour sinistres à payer.

Depuis l'instauration de sa gestion en capitalisation, l'assurance construction reste largement déficitaire et n'a jamais connu plus de deux exercices consécutifs d'amélioration. En cumul, sur la période 1983-2006, le déficit technique de la branche est de 2,8 MdE, soit plus de 13 % des cotisations perçues sur la même période. Il convient donc de rester vigilant et prudent.

Quelles sont les perspectives en termes de sinistralité ?

Les perspectives de sinistralité sont loin d'être favorables, compte tenu de la surchauffe des capacités de production dans le BTP - qui a pour corollaire une grande difficulté pour les entreprises à trouver du personnel, surtout qualifié.

Prévoyez-vous également une hausse de la sinistralité lorsque les mesures retenues par le Grenelle de l'environnement seront mises en oeuvre dans le secteur du bâtiment ?

Les premières orientations du Grenelle de l'environnement montrent que les dispositifs s'appliquant aux bâtiments vont se déployer dans un contexte de forte pression pour les entreprises et les assureurs, et dans une précipitation peu propice à l'amélioration de la sinistralité. Face à la vague d'innovations techniques et de nouveaux produits importés souvent mal maîtrisés, les enjeux liés à l'évolution des normes, des formations, des qualifications et des avis techniques sont évidemment considérables et requièrent une prise de conscience et une mobilisation de tous les acteurs.

Avec la profession, nous prenons ces questions à bras-le-corps, car il faut rapidement revenir à une vision plus technique que politique de ce sujet dans l'intérêt même des consommateurs. Je suis convaincu que la concertation et le bon sens permettront aux assureurs de jouer leur rôle, c'est-à-dire d'accompagner l'évolution de la filière construction, de contribuer à la prévention et à la sécurisation des risques, de responsabiliser les acteurs et de sécuriser les entreprises et les consommateurs.

En tant que mutuelle professionnelle du BTP, la SMABTP se doit d'accompagner ses sociétaires dans la durée, donc dans l'évolution de leurs métiers. Cette démarche s'inscrit dans l'un de nos projets prioritaires plus spécifiquement dédié au développement durable. Nous la conduisons en liaison étroite avec l'ensemble des professions du BTP, notamment dans les domaines des énergies nouvelles et de leur mise en oeuvre.

La crise financière a-t-elle un impact sur les résultats ?

Oui. La crise a forcément un impact sur la valorisation générale des actifs de tous les assureurs, même ceux qui, comme nous, ne sont pas directement exposés à la crise immobilière américaine des « subprimes ». Cela dit, nous restons très sereins, car nous gérons nos actifs à très long terme. Par ailleurs, la crise financière offre aussi des opportunités d'investissement intéressantes au vu des niveaux actuels de valorisation.

Le véritable impact est lié au ralentissement de l'activité du BTP qui pourrait résulter de la restriction des crédits accordés par les banques aux investisseurs, aux promoteurs et aux entreprises. C'est actuellement déjà le cas sur le marché espagnol, que nous connaissons bien.

Comment envisagez-vous la mise en oeuvre de Solvabilité 2 ?

Les perspectives de Solvabilité 2 sont défavorables aux branches longues, donc à l'assurance construction. En effet, au regard de la « duration » de notre passif, nos actifs sont investis à long terme, et le poids relatif des actions, qui tire la performance financière à long terme, est par conséquent plus significatif que dans les branches gérées en répartition. Or, Solvabilité 2 pénalise la détention d'ac-tions (et, au passage, la contribution des assureurs au fi- nancement de l'économie).

Autrement dit, un rééquilibrage des actifs au détriment de la poche actions réduira la contribution importante des produits financiers aux résultats de cette branche, qui est gérée, faut-il le rappeler, en capitalisation.

En constituant une Sgam BTP, avez-vous entrevu l'intérêt qu'elle pouvait présenter au regard de Solvabilité 2 ?

La société de groupe d'assurance mutuelle est une structure bien adaptée aux regroupements des sociétés de personnes que sont les mutuelles. Elle permet, d'une part, de créer de vrais liens de solidarité financière dans le res- pect des identités, des cultures et des gouvernances, tout en jetant les bases d'un véritable groupe et, d'autre part, de favoriser le développement d'un portefeuille d'activités plus diversifié. Dans ce contexte, c'est un outil pertinent au regard de Solvabilité 2, dès lors que les règles qui valent pour les groupes s'appliquent logiquement de la même façon aux Sgam. À champ de contraintes identiques, traitement identique ! Nous sommes par ailleurs favorables à l'adoption du statut de mutuelle européenne avec la même vision des choses.

On assiste à une recrudescence des explosions sur la voie publique à la suite de travaux de terrassement. Quelles actions les assureurs envisagent-ils d'engager ?

Une série de sinistres spectaculaires sont survenus lors de travaux dans des environnements de réseaux enterrés. Cela se traduit la plupart du temps par des explosions dues au gaz, qui occasionnent des dommages corporels, matériels et immatériels très importants. C'est un vrai problème de sécurité civile, qui dépasse le seul champ d'intervention de l'assurance. Alertés par les professionnels du BTP et par ceux de l'assurance, les pouvoirs publics ont pris conscience des enjeux liés aux difficultés qu'ont les entreprises à se procurer les plans à jour des réseaux et canalisations enterrés. Le ministère de l'Intérieur a confié une mission d'inspection à la direction de la Sécurité civile en vue de dégager des axes d'amélioration. Avec la FFSA, nous avons préconisé des mesures en vue de sécuriser ce risque, comme la création d'une mission préalable de repérage des réseaux enterrés, la généralisation de l'équivalent d'un constat amiable, de façon à identifier plus facilement et plus objectivement les responsabilités et, enfin, la constitution d'une base commune de données normalisées relative aux plans en trois dimensions des réseaux enterrés.

Autre type de sinistres inquiétants, les vols en entreprises...

Le phénomène des vols de matériels et de matériaux, en particulier des métaux, dans les entreprises et sur les chantiers a pris une ampleur considérable. La prévention a atteint ses limites, et c'est un véritable fléau dont les données dépassent largement le cadre d'intervention contractuel de l'assurance. Assureur mutualiste, nous sommes solidaires de nos sociétaires et nous ne pouvons pas nous satisfaire de la simple application des mesures habituelles et classiques qui sont à la portée de l'assurance. Il faut aller plus loin ! C'est pourquoi nous nous sommes associés aux organisations professionnelles du BTP pour exiger des pouvoirs publics une vraie mobilisation des services de police afin de lutter beaucoup plus efficacement contre le pillage de nos entreprises. l

Testez L'Argus de l'assurance en mode abonné. Gratuit et sans engagement pendant 15 jours.

Le Magazine

ÉDITION DU 13 décembre 2019

ÉDITION DU 13 décembre 2019 Je consulte

Emploi

Mission Handicap Assurance

Mission Handicap Assurance

Postuler

Natixis Assurances

Cadre technique Indemnisation Auto H/F

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Marché de prestations juridiques pour les opérations immobilières et patrimoniales ...

Palais de la Découverte

15 décembre

75 - EPPDCSI - UNIVERSCIENCE

Prestations de services juridiques..

Ville d'Hénin Beaumont

15 décembre

62 - HENIN BEAUMONT

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

« Attention danger : restons techniques et vigilants »

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié