[DOSSIER] Salaires 2013 1/3

Une timide éclaircie

Une timide éclaircie

Cette année, les augmentations salariales dans l'assurance sont légèrement supérieures aux progressions des exercices précédents. Mais si les entreprises du secteur continuent d'accorder une place significative aux mesures individuelles, elles sont désormais plus sélectives dans l'attribution des bonus.

L'ASSURANCE FAIT MIEUX QUE LA BANQUE

  • 0,9% Le taux d'inflation annuel à fin septembre 2013 (Insee)
  • 2,4% Augmentation globale (générale plus individuelle) des salaires dans l'assurance en 2013 (Altedia)
  • 2% Augmentation globale (générale plus individuelle) des salaires dans la banque en 2013 (Altedia)
Ce n'est peut-être pas significatif, mais l'évolution est encourageante. Selon le cabinet de conseil Altedia, qui s'est penché sur plus de 118 000 feuilles de paie d'une cinquantaine de sociétés de l'assurance, les budgets d'augmentation des salaires dans le secteur ont progressé cette année de 2,4%, soit 0,2 point de plus qu'en 2012. Ce pourcentage devrait encore s'améliorer dans les prochains mois, puisque les entreprises tableraient sur des augmentations globales (hausses générales plus individuelles) de 2,5% en 2014.

Malgré ces signes positifs, la plupart des experts en rémunération préfèrent garder les pieds sur terre. « Bien qu'on entende parler de reprise économique dans l'assurance, les entreprises maintiennent leurs efforts de maîtrise de la masse salariale et restent toujours très prudentes », constate Jean-Philippe Gouin. Le directeur rémunération et avantages sociaux chez Deloitte précise : « La hausse du forfait social de 8 à 20% l'an dernier continue d'avoir des répercussions dans le secteur, puisqu'au travers de cette évolution fiscale, les montants versés au titre de l'intéressement et de la participation ont eu tendance à se réduire. » Pour autant, comparé à d'autres branches du tertiaire financier, l'assurance tire son épingle du jeu. Selon Altedia, les salaires dans la banque n'ont ainsi augmenté cette année que de 2%. Et ce n'est pas le seul argument qui incite à l'optimisme. « Certes, avant la crise de 2008, les augmentations dans l'assurance étaient supérieures à 3%. Mais il ne faut pas oublier qu'à cette époque, l'inflation était également très élevée. Or, ce n'est plus le cas », observe Bruno Rocquemont, responsable de l'activité talent chez Mercer.

Distinguer plutôt que saupoudrer

Toutefois, tous les salariés ne sont pas logés à la même enseigne. Certains métiers continuent d'afficher une croissance des salaires largement au-dessus de la moyenne. Le salaire total médian des spécialistes des risques en entreprise, des ingénieurs système ou encore des inspecteurs commerciaux en réseau de courtage connaît ainsi cette année, quelle que soit la qualification, une progression supérieure à 3,2% (voir les fiches salaires en pages suivantes).

Autre constat de différenciation : selon une tendance observée depuis plusieurs années, les entreprises privilégient désormais pour leurs cadres les augmentations individuelles aux augmentations générales. D'après l'enquête Altedia, cette dernière approche est même de moins en moins pratiquée dans l'assurance (voir graphique), alors que dans le même temps, le pourcentage de bénéficiaires d'augmentations individuelles ne cesse de croître (4 points en un an). « En fait, dans le contexte économique actuel, les entreprises préfèrent jouer sur la distinction entre leurs collaborateurs plutôt que sur le saupoudrage. Leur objectif est de ne pas frustrer les talents, et de continuer à rémunérer ces hauts potentiels du mieux qu'elles peuvent, afin de les conserver », explique Bruno Rocquemont.

« De la même manière, nous constatons aujourd'hui davantage de sélectivité dans l'attribution des rémunérations variables, ainsi qu'un relèvement des seuils de déclenchement », remarque Jean-Philippe Gouin. Un cadre de l'assurance touchait auparavant une part variable à partir du moment où il atteignait 50% de ses objectifs. « Or, désormais, la barre est plus haute, aux alentours de 80% », précise-t-il.

L'attrait des avantages sociaux et de la carrière

Paradoxalement, cette gestion de la performance ne serait pas incompatible avec la volonté du secteur de réduire les inégalités professionnelles. « Il y a de nombreux efforts qui sont aujourd'hui réalisés pour réduire les disparités salariales entre les hommes et les femmes », observe Thierry Mageux, business development director de Robert Half Financial Services. Selon le bilan des négociations annuelles obligatoires (NAO) dévoilé dans L'Argus de l'assurance du 5 mai, plus d'un tiers des entreprises dans lesquelles des accords ont été signés ont mis en place cette année un budget égalité professionnelle.

« En fait, à y regarder de plus près, les packages salariaux dans l'assurance sont très intéressants. La grande majorité des structures sont assez sociales, et elles proposent toutes des prestations liées à la complémentaire santé, la retraite et l'épargne salariale », explique Marie-Hélène Agard, directrice au sein de la division banque et assurance de Page Personnel. Les enveloppes étant limitées, les entreprises n'hésitent plus à jouer sur d'autres leviers, par exemple le temps de travail. Dans le cadre des NAO, La Mondiale a ainsi accordé cette année un jour de congé supplémentaire à son personnel. Cette politique originale contribue à rendre aujourd'hui le secteur attrayant sur le marché de l'emploi. « Même si l'assurance n'est pas la branche où les salaires sont les plus élevés, c'est un secteur dans lequel les candidats trouvent une certaine stabilité, mais aussi de nombreux avantages et des perspectives d'évolution. Or, ce n'est pas le cas partout. Du coup, on observe de plus en plus de transferts de compétences de la banque vers l'assurance », indique Sébastien Landrat-Sandrot, manager de la division assurance de Robert Walters. Une observation confirmée par l'enquête Mobicadres, publiée en octobre. Selon ce baromètre présenté par Deloitte dans le cadre duquel 5 800 décideurs ont été interrogés, la mobilité des cadres est principalement motivée aujourd'hui par la volonté d'étendre leur champ de responsabilités et de disposer d'une perspective d'évolution de carrière. La rémunération, quant à elle, n'arrive alors qu'en cinquième position.

Le collectif plus que jamais objet de conflit

Pour autant, pour les salariés du secteur, il n'est pas question de renoncer à leurs augmentations salariales, même si celles-ci sont infimes. Le 8 octobre, la direction de Groupama a fait savoir aux organisations syndicales que l'an prochain, il n'y aurait pas de revalorisation collective au sein du pôle mutualiste, à savoir dans les caisses régionales, chez Groupama SA et Groupama Supports et Services (G2S). Les organisations syndicales se sont réunies le 31 octobre devant le siège social du groupe mutualiste pour protester contre cette décision. Ce rassemblement n'a pas fait changer d'avis la direction.

Les packages salariaux dans l'assurance sont très intéressants. Les structures proposent des prestations liées à la complémentaire santé, la retraite et l'épargne salariale.

Marie-Hélène Agard, division banque et assurance de Page Personnel

Selon la CFDT, qui avait collecté les augmentations de salaires de 45 acteurs du secteur, un tiers des dernières NAO s'étaient conclues par une décision unilatérale. Et à la suite des discussions tenues en avril en commission paritaire sur les rémunérations minimales annuelles (RMA), les organisations syndicales n'avaient obtenu que 1% d'augmentation en 2013. Autant dire que si l'on se fie à l'exemple de Groupama, qui donne souvent la température du marché, les négociations salariales qui s'ouvrent dans le secteur s'annoncent une nouvelle fois tendues.

JULIE SÉRON, CONSULTANTE CHEZ ALTEDIA « Les entreprises restent frileuses »

Peut-on considérer que 2013 a été une bonne année ?
Il y a une très légère progression des budgets d'augmentation des salaires. Le salaire de base a augmenté de 1,7% pour les cadres et de 1% pour les non-cadres. Toutefois, de manière générale, même si elles se portent bien, les entreprises du secteur de l'assurance restent frileuses. Elles continuent d'accorder une place de plus en plus importante aux mesures individuelles, en prenant en compte d'autres critères que l'ancienneté, comme la performance collective et la qualité de services. Les augmentations individuelles sont ainsi présentes dans l'ensemble des sociétés du panel depuis deux ans.

Quel est le principal changement observé dans les politiques de rémunération des assureurs ?
Aujourd'hui, les enveloppes d'augmentations de salaires sont contraintes. Les entreprises d'assurances ont tendance à converger vers des budgets proches de ceux de l'industrie et de l'agro-alimentaire, autour de 2 à 2,5% de la masse salariale redistribuée en augmentations. Cependant, même quand le contexte économique est très contraignant, les entreprises continuent de travailler à la fidélisation et à la motivation des salariés, donc de répondre aux enjeux du dialogue social.

PROPOS RECUEILLIS PAR N. THOUET

La fin des augmentations générales chez les cadres

Le pourcentage des entreprises de l’assurance pratiquant des augmentations générales pour leurs cadres a fortement décru en quelques années.

 

ENTRE DIALOGUE SOCIAL ET POLITIQUE RH

RÉGIS VERSAVAUD, secrétaire général adjoint de la fédération CFDT banques et assurances

« Il faut maintenir des mesures collectives » « Nous ne sommes pas opposés aux augmentations individuelles, mais nous souhaitons que soient toujours maintenues des mesures collectives. Nous comprenons que la marge de manoeuvre des entreprises pour mettre en place ces dispositifs est de plus en plus réduite. L'inflation, qui sert de référence aux augmentations générales, étant de plus en plus basse, les employeurs sont d'autant moins enclins à en accorder. Cela risque donc d'être un gros problème pour 2014... Pour autant, à l'avenir, si jamais il n'y avait que des augmentations individuelles, il ne resterait certainement plus guère de signatures syndicales dans les négociations annuelles obligatoires... »

DANIEL LEMAÎTRE, DRH de SMABTP

« Nous sommes partisans des augmentations individuelles » « Dans le cadre des augmentations annuelles obligatoires, le montant de l'enveloppe dédiée aux augmentations individuelles était cette année de 2,4%. Nous avons accordé, en plus, une enveloppe spécifique de 0,2% de la masse salariale pour corriger les écarts entre les hommes et les femmes. En revanche, nous n'avons mis en place aucune mesure générale. Pour nous, pratiquer par augmentations générales, c'est fossiliser. Si nous augmentons tout le monde de la même façon, les différences de salaires ne seront jamais corrigées. Si nous sommes partisans des augmentations individuelles, c'est parce que c'est aussi une façon de récompenser la performance et, ainsi, de pérenniser les talents que nous souhaitons conserver. »

des hausses de salaires Plus fortes

Cette progression du taux d’augmentation globale (générale plus individuelle) des salaires de l’assurance laisse présager un retour aux bonnes années en 2014. certes, les taux avoisinaient les 3% avant le début de la crise, en 2008. Mais l’inflation était aussi nettement supérieure. L’assurance est donc un secteur plutôt plus « généreux » que d’autres.

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