[DOSSIER] Bilan 2010 de la bancassurance 2/4

Solvabilité 2 et Bâle 3 : le double obstacle

Solvabilité 2  et Bâle 3 : le double obstacle
FOTOLIA Compagnies d'assurances, mais aussi filiales de groupes bancaires, les bancassureurs vont subir Solvabilité 2 et Bâle 3. Cette double contrainte va les pousser à innover, notamment pour résister à la concurrence des produits bancaires promus par leurs maisons mères.

Les bancassureurs se sont mis en quête du Graal : trouver de nouvelles solutions d'épargne moins consommatrices de fonds propres, tout en conservant une rentabilité attrayante. Et cela d'ici à 2013, année de l'entrée en vigueur de Solvabilité 2 et de Bâle 3. En effet, en tant que compagnies d'assurances, les bancassureurs tombent sous le coup de la première réglementation, et, comme filiales de groupes bancaires, ils subissent aussi la seconde. « Avec Solvabilité 2, les capitaux propres ont un coût, et aucune activité ne doit se faire au détriment des sociétaires », affirme Hervé Bouclier, directeur général d'ACMN vie. Cela ne va pas de soi avec la nouvelle réglementation, selon Gildas Robert, practice leader Solvabilité 2 chez Optimind : « Certaines activités vont devenir moins rentables. C'est notamment le cas des contrats d'assurance vie multisupports, qui pourraient se révéler pénalisants avec Solvabilité 2. La directive européenne instaure aussi une garantie en capital à tout moment sur les fonds en euros très contraignante, mais les assurés, malgré un objectif d'épargne à long terme, semblent y être très attachés. » En effet, très réticents au risque, les épargnants ont massivement investi dans les fonds en euros en 2010.

Résister à la poussée des produits de bilan

Les bancassureurs devraient donc pousser davantage l'investissement en actions. « Solvabilité 2 va continuer à renforcer l'intérêt de développer des produits structurés garantis ou en unités de compte, moins coûteux en fonds propres. Cependant, le calibrage final n'est pas fait, et le diable se cache dans les détails, donc, la prudence est de mise », estime le président du Groupement français des bancassureurs (G11), Éric Lombard, par ailleurs président de BNP Paribas Cardif. Une approche que partage Gildas Robert : « Les bancassureurs vont devoir réfléchir à de nouvelles solutions d'épargne, comme les variable annuities ou les eurodiversifiés, mais le réseau peut être mis en difficulté pour vendre de nouveaux produits plus complexes. »

Une autre voie possible consiste à « vendre des unités de compte aux assurés sous forme d'obligations de la maison mère, ce qui arrangerait tout le monde », imagine le directeur senior assurance chez Fitch, Marc-Philippe Juilliard. Sauf que l'Autorité de contrôle prudentiel a émis une recommandation sur la vente de produits complexes, et a pointé du doigt le conflit d'intérêts possible lorsque certaines banques permettent à leurs clients de souscrire leurs propres obligations...

Même si le traitement des activités de bancassurance n'est pas encore bien défini sous Bâle 3, sa répercussion n'est pas négligeable. Les groupes bancaires vont devoir faire face à des contraintes importantes en matière de liquidité à court terme, ce qui les pousse à mettre en avant les produits de bilan. « Nous prenons acte de la concurrence accrue de ces derniers, mais, même si elle est forte, les produits d'assurance vie permettent de préparer la retraite, de transmettre un patrimoine et offrent de bons rendements », rappelle Éric Lombard.

Il n'empêche, de nombreuses équipes travaillent à l'élaboration de « produits dérivés » à l'assurance vie afin de contrer cette concurrence. « Il y aura des créations de variantes de comptes à terme pour ramener dans le bilan des banques ce qui est aujourd'hui considéré comme du hors-bilan », anticipe Alain Branchey, directeur senior banque chez Fitch. Autre éventualité, selon François Chabal, associé du cabinet Léon Cogniet « les bancassureurs vont simplifier leurs offres, arrêter certaines lignes de métier, en ajouter d'autres, comme la santé, le décès ou la dépendance »

Renforcer les synergies intragroupe

Les pôles assurances des banques cherchent aussi à identifier toutes les sources de revenus possibles pour gonfler leur rentabilité. « Pour un bancassureur, plus que pour un assureur traditionnel, on peut imaginer que les enjeux de renta-bilité sont encore plus importants, en raison des exigences de la maison mère », explique Gildas Robert. Cela passe par des synergies entre filiales. Ainsi, Société générale Insurance cherche à nouer des partenariats en prévoyance avec le Crédit du Nord, Franfinance, ou avec les filiales dans les Dom-Tom. Crédit agricole assurances va mettre l'accent sur le développement de l'assurance emprunteur dans le réseau LCL et dans les entités spécialisées comme FGA Capital (1) ou Crédit agricole Consumer Finance. C'est aussi l'idée d'Hervé Bouclier, d'ACMN vie : « Nous avons pour objectif de renforcer nos liens avec le Crédit mutuel Nord-Europe et l'ensemble de ses filiales, afin de créer de la valeur de façon plus immédiate. »


Professionnaliser la gouvernance

D'autres envisagent d'internaliser la production d'assurances qui ne l'est pas encore, comme Natixis pour l'assurance emprunteur, auparavant détenue par Axa et Allianz, ou Société générale Insurance avec l'assurance moyens de paiement. Les lancements de partenariats devraient être de plus en plus rationalisés. « Ils nécessitent des investissements immédiats, et, à l'avenir, nous allons veiller à ce qu'ils soient plus progressifs », précise Hervé Bouclier.

Enfin, des changements d'organisation sont à prévoir, comme chez BPCE assurances. « Solvabilité 2 va occasionner des évolutions pour la gouvernance de la compagnie, avec un souci de partager davantage d'informations et de décisions. Notre gouvernance va se professionnaliser », affirme son directeur général, Paul Kerangueven.

Toutefois, si ces deux réglementations tombent comme une double peine pour les bancassureurs, peu d'entre eux craignent la fin de leur activité d'assurance. « Cette branche fait partie du core business [coeur de métier] de la banque. Elle a représenté 18% du résultat avant impôt du groupe », affirme Jean-Pierre Wiedmer, président de HSBC assurances. D'où sa volonté de ne pas lâcher cette activité.

De même, alors que beaucoup voyaient Sogessur à vendre, son président a affirmé, lors de la présentation des résultats, qu'il n'en était plus question. « Les groupes qui ont un vrai business model de bancassurance sont prêts à payer le prix pour garder leurs filiales. Il s'agit d'activités rentables, qui représentent un élément important du compte de résultat, mais aussi de leur politique de fidélisation de clientèle », souligne Alain Branchey. François Chabal ne partage pas cet avis : « L'activité des bancassureurs vie va probablement devenir du run-off, et le développement risque d'être " siphonné " par leurs maisons mères. » Bref, l'évolution de la bancassurance fait débat, mais la réponse devrait arriver maintenant dans moins de deux ans.

1. FGA Capital : société conjointe détenue à parts égales entre Crédit agricole et Fiat.

Témoignage d'Éric Lombard, président du groupement français des bancassureurs (G11)

« L'année 2010 a été bonne, avec une collecte assez stable pour le marché, dans un environnement modéré. Les bancassureurs affichent une croissance de 8%, contre 4% pour le marché. Comme tous les acteurs, ils ont enregistré un recul du rythme de la collecte, mais moins sensible que celui des assureurs traditionnels. Alors que le marché devrait connaître une baisse de 15 % de la collecte au premier trimestre 2011, le G11 devrait faire - 10%. Même si les épargnants sont un peu inquiets, notre grande proximité avec les clients paie. Par ailleurs, entre Bâle 3, Solvabilité 2 et une sortie de crise compliquée, nous ne manquons pas de rappeler que nos gestions d'actifs sont adaptées aux situations actuelles et que les produits que nous proposons restent attrayants. La situation devrait redevenir plus favorable dans les mois à venir, avec la levée des incertitudes fiscales, la remontée progressive des marchés actions et celle des taux d'intérêt. Si ce scénario se confirmait, il serait favorable à l'assurance vie. »

les suisses ont drastiquement réduit leur détention d’actions

  • La bancassurance est un modèle peu répandu en Suisse. Cependant, le Swiss Solvency Test (SST), qui s'inspire en partie des tests de Solvabilité 2, s'applique pour les acteurs suisses depuis le 1er janvier 2011, qui en tirent déjà les leçons. De nombreux assureurs ont d'abord été amenés à revoir leurs politiques d'investissement. Selon l'Association suisse d'assurances (Asa), le SST a engendré une baisse de l'allocation en actions dans leurs portefeuilles (L'Argus de l'assurance du 22 octobre 2010). Ces dernières, qui représentaient 30% des portefeuilles, sont passées à moins de 5%. L'Asa s'attend également à une évolution des produits d'assurance vie vers des contrats « modulables », et à ce que ceux qui nécessitent beaucoup de capitaux, comme certains produits de retraite par capitalisation, soient moins présents.

Pour un bancassureur, plus que pour un assureur traditionnel, on peut imaginer que les enjeux de rentabilité sont encore plus importants, en raison des exigences de la maison mère.

Gildas robert, practice leader solvabilité 2 chez optimind

LE CHIFFRE

+ 5,5% : La progression de la collecte nette d'assurance vie pour les réseaux de bancassurance en 2010. Celle des réseaux d'assurances traditionnels a baissé de 9%, selon la FFSA.

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