[DOSSIER] Risques d'entreprise 2/3

Assurance maritime : la tech sur le pont

Assurance maritime : la tech sur le pont

L’assurance maritime adopte les nouvelles technologies. Elle entend ainsi se mettre au diapason de l’évolution du secteur, mais aussi améliorer ses prestations, favoriser la prévention des risques et redonner des couleurs à ses bilans financiers.

De lourds nuages barrent toujours l’horizon de l’assurance maritime. La surcapacité du marché attise la concurrence. Elle provoque depuis 2012 un fléchissement continu des primes qui n’est plus compensé par les produits financiers, dont les rendements ont fondu du fait de la faiblesse des taux. Si le nombre de sinistres reste contenu – 36 catastrophes maritimes ont été recensées en 2016 –, ils prennent souvent des proportions importantes, comme ce fut le cas lors des incendies survenus à bord du MSC Flaminia, en 2012, en mai et septembre 2016 sur le Maersk Karachi et le NNCI Arauco, ou encore sur le Maersk Honam en mars 2018. Le montant des indemnisations est donc important, puisqu’il a atteint 2,46 Mds\$ (2,16 Mds€) en 2016. La course au gigantisme dans laquelle se sont lancés les armateurs, avec des commandes portant sur des navires d’une capacité de 22 000 équivalents conteneurs, ne peut qu’aggraver la sinistralité sur ces grands risques.

Dès lors, prise en tenaille entre une baisse du volume global des primes et un montant de dommages élevé, l’assurance maritime cherche à s’adapter. À l’instar d’autres secteurs, comme l’assurance affinitaire ou l’assurance santé, elle porte une attention croissante aux nouvelles technologies. Et cet intérêt s’oriente dans trois directions.

La première a trait aux techniques assurant à distance un suivi et une gestion améliorés de la matière assurable. La plupart des navires sont désormais équipés de capteurs qui permettent d’optimiser in situ leur fonctionnement, mais aussi de transmettre des informations. Certains armateurs ont saisi cette opportunité en créant des centres de contrôle à terre. C’est le cas de la CMA-CGM avec son fleet center (centre de flotte) basé à Marseille. Ses équipes suivent en temps réel les conditions dans lesquelles évoluent les navires et disposent d’informations précises sur leur fonctionnement : usage de la motorisation, vitesse ou consommation.

3 scénarios du navire autonome

  • S’il n’est pas encore une réalité, le bateau autonome est déjà parvenu à un premier seuil d’autonomisation ou d’automatisation très poussée. Le Groupe Bourbon possède plusieurs navires équipés de systèmes de positionnement automatique qui pilotent le navire. « C’est déjà un point acquis », note pour sa part Frédéric Moncany de Saint-Aignan, président du Cluster maritime français.
  • Le scénario suivant est celui du navire téléopéré depuis la terre, mais disposant encore d’un équipage qui aurait pour mission de superviser, et non plus de naviguer. Évoqué par l’Organisation maritime internationale (OMI) depuis 2010, ce schéma suscite l’adhésion des pays nordiques et les réticences de ceux du Sud.
  • Le troisième scénario, celui d’un navire pleinement autonome, sans aucun équipage, est lui aussi envisageable. « Google a lancé un projet dans ce sens », rappelle d’ailleurs Frédéric Moncany de Saint-Aignan. À condition qu’il existe une offre, ce qui n’est pas encore prouvé, estime le président du Cluster Maritime Français : « Rodophe Saadé, lors des Assises de l’Économie de la Mer, a affirmé qu’il n’y croyait pas. » La vulnérabilité de ce type de navire constitue l’autre problème majeur à résoudre.

Optimiser l’efficacité

Les Asset integrity management systems (AIMS) suscitent aussi des attentes. Ces systèmes centralisent des données jusqu’à présent dispersées dans divers environnements (chantier naval, armateur, société de classification, assurance…) et assurent leur actualisation à partir des informations fournies par les navires en activité. « Cela va permettre de prévoir plus précisément la maintenance et les inspections, ce qui va améliorer l’optimisation et la performance », estime Julien Raynaut, directeur juridique maritime du Bureau Veritas.

Une seconde catégorie de dispositifs apporte des améliorations à la conduite du navire lui-même, en particulier le VTMIS (Vessel traffic management and information services). En connectant de nombreux acteurs de la chaîne tels que les capitaineries, les agents maritimes et les services portuaires, le VTMIS facilite la programmation des escales. Ce suivi amélioré des navires se double d’un recueil d’informations dans des bases de données comme Equasis (European quality shipping information system fonction) qui fournissent à tout moment un historique complet des bateaux, et un relevé de leurs déficiences.

Une troisième série d’innovations permet de suivre les marchandises elles-mêmes et l’évolution de leur état durant le transport. La première brique de ce flux d’information a été posée par par les professionnels portuaires, avec la mise en place de systèmes d’information (SI), qui ont donné naissance aux Cargo Community Systems (CCS), des logiciels assurant une meilleure traçabilité des marchandises.

Chiffres

  • 36 Le nombre de sinistres maritimes enregistrés en 2016.
  • 7e Le rang qu’occupe la France en matière d’assurance maritime et transports au niveau mondial, avec 4 % de part de marché.
  • 2,46 Mds$ Le montant total des indemnisations versées au titre des sinistres maritimes en 2016, au niveau mondial.

Élargir la gamme de prestations

Avec l’automatisation et la numérisation de leurs processus de gestion des marchandises et des flux d’informations, les ports ont mis sur pied un véritable système de tracing and tracking (traçage et suivi). Du même coup, ils ont simplifié la vie des assureurs de plusieurs façons. D’abord en fiabilisant l’ensemble du circuit, estime Guy-Louis Fages, président de la commission logistique et transport de l’Association management des risques et des assurances de l’entreprise (AMRAE) : « Ces systèmes permettent de procéder à des vérifications quantitatives et d’effectuer des réconciliations entre les valeurs déclarées par les différents acteurs – transitaire, commissionnaire de transport, expéditeur, chargeur – et l’armateur qui va prendre ces marchandises sur ses navires. Ils permettent de limiter les contestations de volumes et de limiter les fraudes. » Le tracing and tracking présente un autre intérêt majeur, ajoute Guy-Louis Fages : « Il permet de mieux calculer les cumuls et, pour un assureur, c’est fondamental. Nous en sommes au début, ces systèmes ne sont pas encore complètement aboutis et ils ne sont pas utilisés par tous les opérateurs. »

De fait, s’ils offrent déjà la possibilité de suivre le parcours d’un conteneur à l’échelle du globe, ces systèmes sont amenés à connaître de nouveaux développements. Axa XL se veut en pointe dans le domaine grâce à son partenariat avec Parsyl. Depuis six mois, des capteurs conçus par cette start-up sont placés dans les cargaisons de clients de l’assureur qui l’acceptent. « Le but est de recueillir tout le long du trajet des informations sur la température, l’humidité, ou l’exposition à la lumière et aux chocs des marchandises », explique Helen Stanway, digital leader d’Axa XL. Autant de données qui seront d’abord utiles au client, souligne-t-elle : « Grâce aux informations recueillies, il peut prendre des mesures efficaces pour réduire les risques auxquels ses cargaisons sont confrontées. Cela peut passer par une modification du trajet du bateau ou des emballages, ou encore d’autres paramètres. Nous avons une équipe chargée de la prévention des risques qui accompagne les clients dans cette démarche. »

Pour l’assureur, disposer de capteurs permet aussi de savoir avec précision quelle partie de la cargaison est réellement endommagée : « En cas de sinistre, le montant du remboursement sera ainsi plus proche des dommages constatés », estime Helen Stanway. Déjà testé sur des cargaisons de café et de sucre, ce système a vocation à s’étendre à toute denrée alimentaire ou produit susceptibles d’être endommagés durant le transport.

Axa XL a aussi entamé une collaboration avec Oxbotica, une société qui développe des logiciels permettant de piloter tout type de véhicule autonome, que ce soit des navettes dans un aéroport ou un robot se déplaçant dans une usine. « Ce partenariat va nous permettre de comprendre cette technologie et d’être mieux préparés lorsque les bateaux de nos clients deviendront autonomes », explique encore Helen Stanway. Pour l’heure, Axa XL assure déjà les essais qu’Oxbotica mène avec des navettes autonomes à l’aéroport londonien de Heathrow.

Carole Chupin, directrice du département maritime et transport France de Chubb
« Sur notre site, il suffit de dix minutes pour avoir une offre »

« Nous avons développé l’assurance transport par deux canaux de distribution en ligne : notre propre plateforme et aussi à travers des API sur des sites de vente en ligne. Notre but est de simplifier la souscription pour des risques simples. Un exportateur peut ainsi fournir quelques informations – la typologie et la valeur de la marchandise, les caractéristiques du voyage – et, en quelques minutes, il dispose d’une proposition de prime et de garanties. S’il donne son accord, il recevra dans sa boîte mail un certificat, une police et la facture. Nos partenaires intermédiaires, les courtiers, peuvent ainsi obtenir très rapidement des offres, des contrats, des attestations, etc. Le processus habituel de réponse demande 48 à 72 heures. Sur notre site, il suffit de dix minutes pour avoir une offre. Ces produits ont été lancés en septembre et proposent deux solutions : la police au voyage ou une police annuelle. »

 

Plusieurs effets bénéfiques

À terme, l’usage de ces technologies devrait avoir plusieurs effets bénéfiques : limiter le montant des dommages grâce à une meilleure quantification, mais aussi améliorer la prévention des risques et réduire la sinistralité. Si ces perspectives intéressantes vont demander du temps avant d’avoir une traduction concrète, la digitalisation et la distribution en ligne de produits d’assurance génèrent déjà des résultats bien tangibles (lire l’encadré ci-contre). De quoi inciter les acteurs du secteur à redoubler d’efforts sur une route encore semée d’embûches.

Emploi

KAPIA RGI

Chef de Projet Assurance-Vie H/F

Postuler

KAPIA RGI

Ingénieur Développement PHP5/ZEND (H/F)

Postuler

+ de 10 000 postes
vous attendent

Accéder aux offres d'emploi

APPELS D'OFFRES

Fourniture, livraison et gestion de titres restaurant pour le Centre de Gestion de ...

Centre Gestion Fonction Publique Territ.des P. Atl. Maison des Communes

18 août

64 - PAU

Services d'assurances pour la commune de Vinon-sur-verdon.

Ville de Vinon sur Verdon

18 août

83 - VINON SUR VERDON

Proposé par   Marchés Online

Commentaires

Assurance maritime : la tech sur le pont

Merci de confirmer que vous n’êtes pas un robot

Votre e-mail ne sera pas publié