[DOSSIER] Panorama des assurtech 2018 1/3

Panorama des assurtech 2018 : entre buzz et réalités

Panorama des assurtech 2018 : entre buzz et réalités
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Panorama des assurtech 2018 : entre buzz et réalités
dr Florian Graillotcofondateur et partner d’Astorya.vc
Panorama des assurtech 2018 : entre buzz et réalités
Laetitia duarte David Dorn,senior advisord’Astorya.vc

Le monde de l’assurance n’échappe pas à la déferlante start-up. Mais pour des raisons propres à cette industrie, le développement des assurtech est plus timide et moins « disruptif » que dans d’autres secteurs. Explications avec ce premier panorama des assurtech, réalisé en collaboration avec le fonds Astorya.vc.

Levées de fonds, partenariats, manifestations, études de cabinets conseils, création d’incubateurs ou de fonds d’investissement… pas une semaine sans que les start-up n’occupent l’actualité du secteur de l’assurance. Et d’aucuns prédisent déjà que ces nouveaux-venus devraient balayer l’ancien monde. « Il est difficile de trouver un juste équilibre dans l’appréciation de ce phénomène assurtech. On surestime toujours le court terme et on sous-estime le moyen terme », analyse David Dorn, senior advisor d’Astorya.vc. Ce fonds composé à 100 % d’institutionnels et de dirigeants de l’assurance a été lancé voilà quelques semaines afin d’investir dans de jeunes start-up liées à ce secteur. « C’est un marché encore très jeune, insiste Florian Graillot, cofondateur et partner d’Astorya.vc. En France, 60 % des fintech créées il y a cinq ans ont un chiffre d’affaires de moins d’1 M€. »

Astorya.vc : « Une première vague d’innovations timide »

Comment qualifier les investissements dans les assurtech ?

Fabrice Graillot : Nous sommes en haut de cycle, tout le monde est enthousiaste. Et notamment en ce qui concerne les investissements d’entreprises, le corporate nourrit une certaine bulle financière. Mais vient un moment où il faut bien faire les comptes. L’heure de vérité intervient entre 18 et 36 mois d’existence : l’assurtech marche… ou pas, c’est-à-dire qu’elle n’apporte pas une réponse à un vrai besoin. C’est le sujet central : quelle est la valeur apportée au client final ? Et il faut bien voir que la bonne réponse peut venir de France, mais également d’Allemagne, de Grande-Bretagne… Au regard de la faible taille du marché, la vision ne peut se limiter à l’Hexagone.

Ces assurtech sont-elles porteuses de rupture ?

David Dorn : Notre base révèle une première vague d’innovations peu technologiques, notamment très centrées sur l’IARD et majoritairement tournées vers le BtoC. Les véritables ruptures sur les produits et les tarifs restent rares, idem pour les innovations autour de l’écosystème avec de faibles incursions des Gafa. Mais attention ! Certaines assurtech sont porteuses de belles promesses et les évolutions à moyen terme peuvent être rapides. Qui aurait pu prédire voilà cinq ans la situation actuelle du paiement pour le secteur bancaire !

 

De bonnes idées mais…

Astorya.vc recense 230 "pures" assurtech sur le Vieux continent, et n’a retenu qu’une vingtaine de françaises parmi les 50 "qui comptent" en Europe. Le cabinet Oliver Wyman en recense, lui, quelque 131 uniquement pour l’Hexagone dans son Radar des assurtech 2018. Chacun a sa méthodologie, mais les analyses se rejoignent sur la difficulté à percer sur le terrain assurantiel.

En France, une seule start-up a décroché son agrément d’assureur : Alan, qui propose aux travailleurs indépendants une assurance santé et prévoyance en ligne. « La force principale des assureurs tient au portage de risques. Cette immobilisation de fonds est un élément réellement différenciant par rapport aux autres industries », souligne Florian Graillot. « Les assurtech ont souvent au départ une excellente idée, mais leur enthousiasme se heurte rapidement à la réalité de la réglementation et de la distribution », relève Thierry Léger, CEO Life Capital de Swiss Re.

80 % : la part des capitaux investis dans les assurtech qui se concentrent sur 15 start-up.

 

Toutes les start-up sont loin d’avoir la même espérance de vie. C’est ce que rappelle Oliver Wyman dans son Radar des assurtech 2018, qui se montre très réservé sur la pérennité de l’assurance à l’usage – « Si l’idée d’une assurance court terme pour des situations spécifiques semble prometteuse en théorie, elle nécessite souvent des coûts d’acquisition clients trop élevés » – ou l’assurance collaborative type Otherwise, Wemind ou Yakman : « Malgré le nombre d’assurtech qui se positionnent sur ce modèle, le potentiel de marché et leurs chances de succès sont limités. »

« Proposer une très belle expérience client est nécessaire, mais pas suffisant. L’enjeu est celui de l’industrialisation, de la scalability, à savoir comment atteindre rapidement plusieurs millions de clients afin d’amortir les coûts fixes », confirme Fabrice Asvazadourian, directeur d’Accenture Strategy France et Benelux. Difficile, dans cette optique, de se contenter d’une approche purement locale. « Les assurtech sans vision européenne s’exposent à un réel problème de taille critique. Certes, le courtier spécialisé sur la couverture santé en ligne des TPE affiche une proposition de valeur intéressante, mais sa réplication dans un autre pays est très compliquée », poursuit Jean-François Gasc, responsable du développement et de la coordination de l’activité management consulting assurance d’Accenture en Europe et en Amérique latine.

800 M€ : le montant des investissements dans les assurtech en Europe.

 

Franchir la marche, jouer l’effet de taille, l’objectif est visiblement plus complexe dans un contexte BtoC. Notamment parce que, faute de se différencier véritablement, les start-up se heurtent de front à la puissance des assureurs en place. « L’idée que les assurtech vont bouleverser le marché de l’assurance est peu vraisemblable », analyse Jean-François Gasc (Accenture). « Sur ces trois dernières années, le mouvement du BtoC vers le BtoB est réel. Les assurtech jugent plus pertinent de travailler avec les assureurs plutôt que de les concurrencer, en se positionnant uniquement sur une partie de la chaîne de valeur », constate Florian Graillot (Astorya.vc). Et Shift Technology, qui s’appuie sur l’intelligence artificielle (IA) pour mieux lutter contre la fraude, revient sur toutes les lèvres comme LE bon exemple.

Les relations entre assureurs et start-up paraissent d’ailleurs complexes. Parmi les premiers, certains, à l’image d’Axa, d’Allianz, de Maif ou encore de Malakoff Médéric, ont créé leur propre fonds d’investissement, voire leur incubateur. Les grands groupes sont très friands de ces accélérateurs d’innovation.

Changement culturel

Mais quand elles entendent proposer leurs services à toute la profession, les assurtech ne souhaitent pas forcément afficher une relation capitalistique exclusive avec un seul assureur. Fabrice Asvazadourian évoque « le baiser de la mort » et l’impératif pour les assureurs de réussir la greffe : « Ils doivent apprendre à travailler autrement. Le changement culturel est aussi important que le choc technologique. »

Les réassureurs se montrent tout aussi actifs sur ce terrain. Et, selon Thierry Léger, de Swiss Re, l’un des axes de développement très intéressant tient au BtoBtoC. Le réassureur a ainsi créé la compagnie IptiQ : « Cette plateforme vise, entre autres, à développer des partenariats avec des marques reconnues. Le défi est d’arriver à trouver le produit, l’écosystème où l’assurance s’intègre de manière naturelle. » « Demain, la révolution viendra de la vente de l’assurance via d’autres canaux que ceux d’aujourd’hui : les plateformes », estime Florian Graillot (Astorya.vc). L’histoire n’en est donc qu’à ses débuts. Même du côté des financements : « L’investissement dans les assurtech en Europe reste modeste, avec 800 M€, soit le budget annuel IT d’un gros assureur international. Et 15 assurtech monopolisent 80 % du financement », révèle David Dorn. Mais pour autant, ajoute-t-il, l’optimisme est de mise : « C’est une première vague en Europe, avec de belles promesses. Certes, aucune assurtech n’a bouleversé le marché. Mais tout peut évoluer très vite : il y a cinq ans, Oscar, personne n’y croyait. Or la société américaine pèse aujourd’hui 3 milliards de dollars ! »

Jargonnez-vous l’assurtech ?


S’il est un monde qui jargonne et abuse des anglicismes, c’est bien celui des start-up. Petit lexique pour se guider dans ce territoire d’entrepreneurs pas comme les autres.

Fintech Désigne les start-up qui utilisent les nouvelles technologies pour développer des services financiers.

Assurtech Start-up de la famille des fintech qui exerce dans le secteur de l’assurance

Love money Capitaux propres apportés à la création d’une start-up par les amis et la famille

Private Equity (Capital Investissement) Investissement dans des entreprises non cotées. Il comprend le capital-risque en phase de démarrage ; le capital-développement, pour financer le développement de l’entreprise ; et le LBO, pour accompagner la transmission ou la cession de l’entreprise

VC (« Vici ») ou Venture capital Fonds de capital risque

CVC (« civici ») ou Corporate venture capital Fonds d’investissement venture d’une grande entreprise

Levée de fonds seed Intervient en période d’amorçage, c’est-à-dire au début de la vie de la start-up

Levée de fonds série A Intervient lorsque la start-up décolle, auprès des fonds de capital-risque (suivie des séries B et C)

Business angels Personnes physiques qui investissent leur argent personnel dans les start-up, des montants souvent plus faibles que les fonds de capital-risque (50 000 à 150 000 € en moyenne), et qui accompagnent ces dernières.

Family offices Banques privées ou entités ad hoc chargées de la gestion de patrimoine pour des clients très fortunés

Incubateur Structure d’accompagnement des start-up, incluant généralement un espace de travail dédié et des services (juridique, comptable, formations, levée de fonds...)

« Faire le buzz » Capacité d’une start-up à faire parler d’elle (notamment sur les réseaux sociaux) et à créer l’événement, entraînant au passage des retombées dans les médias

Disruption Capacité d’une start-up à « disrupter » (du verbe anglais to disrupt) un marché existant, c’est-à-dire de prendre une longueur d’avance sur les acteurs en place, grâce à une innovation pour proposer un meilleur service à meilleur prix

Pitch Présentation à l’oral très synthétique du projet d’une start-up et de ses ambitions

Scalability ou « scalabilité » Désigne, en informatique, la capacité d’un dispositif à s’adapter à un changement d’ordre de grandeur de la demande (montée en charge), en particulier sa capacité à maintenir ses fonctionnalités et ses performances

Licorne Start-up qui dépasse le milliard de dollars de valorisation

 

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