Baisse de la collecte : les banquiers sont montrés du doigt

Baisse de la collecte : les banquiers sont montrés du doigt
La collecte de l'assurance vie est en net recul depuis le début de l'année. Ce serait dû, en partie, à la politique commerciale des banques en faveur de produits plus « liquides », afin de respecter les critères de Bâle 3.

L'idée est en train de se propager dans les milieux financiers : la baisse de la collecte de l'assurance vie, depuis le début de l'année - 12% par rapport aux mois de janvier et février 2010 -, serait une victime collatérale des exigences imposées aux établissements bancaires par les accords de réglementation Bâle 3. « Les banques souhaitent attirer davantage de liquidités dans leur bilan et, pour ce faire, elles sont en train d'opérer un rééquilibrage entre l'épargne longue et l'épargne courte », observe Éric Le Baron, le directeur général de Swiss Life.

« Les banques comptent conserver dans leur bilan, par tous les moyens, un ratio de liquidité en ligne avec les critères de Bâle 3 », confirme Jean-Luc de Boissieu, le secrétaire général du Gema. Même les responsables des pôles assurances des bancassureurs reconnaissent le phénomène. « Les banques réorientent leurs actions vers les produits de bilan, comme les livrets réglementés et les comptes à terme », déclarait Éric Lombard, le PDG de BNP Paribas assurance, lors de la présentation de ses résultats annuels.

Or, d'après la FFSA, 60% de la collecte de l'assurance vie en France sont assurés par les bancassureurs. Les conseillers financiers des agences bancaires auraient d'autant plus de facilité à convaincre leurs clients que ces derniers plébiscitent actuellement les produits dits « liquides ». « Contrairement aux idées reçues, les Français thésaurisent encore plus en période de crise. Simplement, dans ces moments-là, ils privilégient l'épargne de précaution, immédiatement disponible en cas de coup dur », explique Éric Le Baron.

La concurrence du Livret A et des « superlivrets »

D'où l'engouement actuel pour les livrets réglementés, notamment le Livret A, dont le taux d'intérêt est passé récemment de 1,75 à 2%. L'encours du produit d'épargne préféré des Français a franchi, en février, pour la première fois de sa (longue) histoire, la barre des 200 Md€ (270 Md€ en comptant le Livret de développement durable, selon la Caisse des dépôts). « Même symbolique, la barre des 2% d'intérêt frappe les esprits. D'autant plus à un moment où les médias n'arrêtent pas d'écrire, à longueur de colonnes, que les rendements de l'assurance vie sont voués à baisser », souligne Philippe Crevel, le secrétaire général du Cercle des épargnants.

En attendant d'y voir plus clair

« Outre le Livret A, les épargnants sont très attirés en ce moment par les livrets rémunérés proposés par les banques en ligne, comme ING direct, B for Bank ou Fortuneo, constate, pour sa part, Jean-Louis Delpérié, directeur d'Exton Consulting. En riposte, la Société générale vient de lancer un livret rémunéré attrayant. » Même les plus fortunés se tournent vers ce type de produit, mais pour d'autres raisons. « Compte tenu de l'incertitude fiscale générée par la future réforme de la fiscalité du patrimoine et par les éventuels choix politiques opérés par le prochain président élu en 2012, les épargnants aux revenus élevés préfèrent attendre, plutôt que de continuer à investir dans des contrats d'assurance vie, susceptibles d'être un jour davantage taxés », remarque Éric Le Baron. « Ceux qui disposent d'une forte somme à placer bénéficient actuellement des taux d'intérêt promotionnels des livrets rémunérés dont l'encours peut aller jusqu'à 100 000 € », rebondit Jean-Louis Delpérié. Ces « superlivrets », comme on les appelle, ne risquent-ils pas, à terme, de tuer l'assurance vie ? Selon Jean-Luc de Boissieu, la question ne fait pas débat chez les bancassureurs. « Quel que soit le produit, l'argent reste dans les banques », rappelle-t-il.

1. Selon les chiffres de la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA) et du Groupement des entreprises mutuelles d'assurances (Gema).

" COMPTE TENU DE L'INCERTITUDE FISCALE, LES ÉPARGNANTS AUX REVENUS ÉLEVÉS PRÉFÈRENT NE PAS CONTINUER À INVESTIR DANS UNE ASSURANCE VIE SUSCEPTIBLE D'ÊTRE DAVANTAGE TAXÉE. "

Éric Le Baron, directeur général de Swiss Life

LA « PIERRE PAPIER » SÉDUIT LES ÉPARGNANTS

Pendant que la collecte nette de l'assurance vie baisse pour le troisième mois consécutif (une première depuis deux ans), celle des sociétés civiles de placement immobilier (SCPI) s'envole. Elle a augmenté de 117% en 2010, pour atteindre 2,5 Md€, selon l'étude publiée en mars par l'Institut de l'épargne immobilière et foncière (IEIF). C'est la meilleure collecte jamais enregistrée par ce placement. Ce dernier, qui consiste à acheter des parts d'immeubles (le plus souvent de bureaux), via un véhicule financier, afin de percevoir des revenus correspondants aux loyers, a rapporté en moyenne 5,63% en 2010. Certains affichent même plus de 9% par an depuis 1995. L'assurance vie en est loin. « La " pierre papier " est un support intéressant, car il présente un risque faible et un rendement attrayant », résume Éric Le Baron, DG de Swiss Life. Les banquiers (mais également les CGPI, qui en proposent de plus en plus) semblent l'avoir bien compris. « Certaines banques ont créé des SCPI sur des projets en région parisienne pour profiter de la forte hausse de l'immobilier francilien », observe Jean-Louis Delpérié, directeur d'Exton Consulting.

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