L'open data, un nouveau gisement à exploiter

Les administrations commencent à publier des données publiques qui peuvent être réutilisées librement par les entreprises. Une opportunité pour les actuaires, les services marketing, mais aussi les distributeurs.

Simon Chignard, vice-président de la Cantine numérique rennaise et auteur du livre L'Open data, comprendre l'ouverture des données publiques, résume ainsi le sujet : « L'open data permet de rendre des données plus accessibles financièrement et techniquement. » Pour favoriser la transparence et parce que ces informations ont été produites avec de l'argent public, l'État incite les administrations à publier des données dans des formats facilement réutilisables. La plupart du temps, ces données ne sont pas payantes. « On pose la gratuité comme standard de fait. Ce sont des données publiques. Si cela coûte aux collectivités et aux administrations de les maintenir et de les déstocker, le coût de mise en ligne, lui, est faible. Celles-ci ne sont autorisées qu'à tarifer les coûts supplémentaires générés pour leur mise à disposition, des coûts généralement faibles », explique Simon Chignard.

Les conditions d'usage de ces jeux de données sont spécifiées dans les licences les accompagnant. « C'est un nouveau verrou qui saute, car auparavant les vides juridiques sur l'utilisation de ces données pouvaient dissuader des entreprises. Cela ouvre des perspectives intéressantes », estime Jean-Marc Lazard, PDG d'Opendatasoft.

Mieux évaluer les risques

Les données publiées par les administrations d'État sont rassemblées sur le site www.data.gouv.fr. Les autres sont disséminées un peu partout, notamment sur les sites des collectivités locales (départements, régions, villes...) qui ont décidé de se lancer dans l'open data. « L'une des difficultés est de comprendre quelles sont les données disponibles, où elles résident et sous quel format », résume François Brancilhon, PDG fondateur de Data Publica. Cette entreprise a un annuaire qui répertorie environ 13 000 jeux de données, dont près de 900 répondent au mot clé assurance. « La majorité de ces données proviennent du ministère des Finances, de l'Insee... Il y en a notamment beaucoup de disponibles sur les risques climatiques, la météo, l'hydrogéologie... », précise François Brancilhon.

Cependant l'open data n'en est qu'à ses prémices, et la production disponible ne manquera pas de croître. Certains jeux de données devraient pouvoir être utilisés pour l'évaluation du risque et la conception des produits. Ainsi, aux États-Unis, des statistiques sont disponibles sur la criminalité, quartier par quartier. « C'est intéressant pour les assurances vol en multirisque habitation, et cela commence à être intégré dans les nouveaux produits », souligne Julien Maldonato, senior consultant conseil assurance chez Deloitte.

Ouvrir ses propres données

De l'autre côté de l'Atlantique toujours, les données publiques sur le crédit ont été ouvertes. Un assureur les a utilisées en les couplant avec des données comportementales achetées à des tiers afin de ne plus avoir à faire passer des examens médicaux, coûteux et peu plaisants, à ses prospects. « Il a trouvé une corrélation forte entre le score du crédit d'une population et son risque santé », explique Julien Maldonato.

L'open data devrait aider les assureurs dans la gestion de leurs sinistres et la détection des fraudes. Le fait de disposer de jeux de données sur la circulation automobile en temps réel donnera la possibilité de vérifier les déclarations des assurés. « En Grande-Bretagne et à Singapour, il est possible d'accéder aux caméras de vidéosurveillance. Cela permettra aux assureurs de voir comment l'accident s'est passé afin de mieux évaluer le sinistre », ajoute Julien Maldonato. À terme, l'open data devrait aussi réduire le nombre de pièces justificatives exigées et accroître l'efficacité opérationnelle des services.

Dès aujourd'hui, ce sujet peut intéresser les services du marketing. « Des collectivités comme Montpellier ont ouvert des fichiers très techniques sur les voies et les adresses de leur territoire. Ils sont intéressants, car ils spécifient les coordonnées GPS de chaque bâtiment, explique Simon Chignard. Cela permet de positionner sur une carte ses clients et, en croisant avec d'autres données, de décider si on lance ou non une campagne. »

Les assureurs pourraient ouvrir leurs données à leurs clients ou à des partenaires. À l'image des opérateurs mobiles, qui vendent à la RATP des informations sur le nombre de téléphones utilisant telle rame de métro, les assureurs possèdent des données valorisables. « En matière de complémentaires, ils détiennent beaucoup d'informations sur les Français et leur santé. Celles-ci pourraient intéresser les sociétés vendant des services dans ce domaine », conclut Julien Maldonato. En restant, évidemment, dans le cadre d'une réglementation française stricte sur la protection des données médicales.

COMBIEN COÛTE MON MÉDECIN

  • Fourmisanté.com utilise les données des groupements de pharmaciens, des agences régionales de santé (ARS), de l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) ou de l'Assurance maladie pour calculer le reste-à-charge des internautes lors d'une consultation, d'un achat de médicament... Le site permet de visualiser les professionnels de santé proches du domicile et de comparer tarifs, services et qualifications. Il espère pouvoir enrichir encore prochainement son offre. Fourmisanté a été primé fin mai par Etalab, la mission interministérielle pour la promotion de l'open data.

 

AETNA OUVRE SES BASES

  • Via sa plate-forme CarePass, l'assureur américain Aetna a ouvert ses bases de données sur les professionnels de santé... et ses données médicales, comme la description des pathologies et des traitements. Ces jeux de données sont utilisables gratuitement par les autres assureurs et la communauté des développeurs. En France, si les plates-formes santé considèrent que leurs bases de données sont des vecteurs de différenciation concurrentielle, Aetna semble penser que la valeur viendra des services qui seront créés par des développeurs et non plus de ses données.

JULIEN MALDONATO, senior consultant Conseil Assurance chez Deloitte

« Des outils de ciblage pour les agents et les commerciaux »

  • Où en est la France en matière d'open data ?

La France n'est pas en retard, puisqu'elle a publié plus de 350 000 jeux de données, soit autant que les États-Unis, qui ont pourtant commencé deux ans plus tôt. Cependant, 80% de ces données étaient déjà disponibles sous d'autres formes, parfois payantes. Leur granularité est souvent insuffisante. Par exemple, pour les accidents de voiture, on est à l'échelle de la commune, et tous ne sont pas géolocalisés de façon exacte. Pour la santé, il faudrait détailler les prestations de l'Assurance maladie pour pouvoir enrichir les modes de tarification. Les données sont également souvent relativement anciennes.

  • Les assureurs s'y intéressent-ils ?

Les assureurs attendent avec impatience que de nouveaux jeux de données soient rendus publics. Toutefois, cette attente reste confinée aux départements d'actuariat, alors que le marketing et la distribution y ont pourtant un intérêt fort. Ainsi, par exemple, il serait possible de fournir aux conseillers commerciaux ou aux agents généraux des outils leur permettant de réaliser leur propre ciblage démographique grâce à ces données ouvertes.

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