La crise vole la vedette à Solvabilité 2

Jusqu'à présent épargnés par la crise financière, les réassureurs sont rattrapés sur deux fronts : la baisse des taux d'intérêt, qui fragilise les rendements de leurs placements, et la situation économique, qui réduit le volume de leurs affaires.

À Baden-Baden, où se sont tenus, du 21 au 24 octobre, les Rendez-vous annuels de la réassurance, les tempêtes tropicales sont passées sur la Jamaïque sans provoquer de frémissements. À la différence de 2011, marquée par l'une des plus fortes sinistralités de l'histoire en catastrophes naturelles, l'agenda de 2012 aura été dominé par la guerre d'usure que la crise entame désormais auprès de la réassurance, dépendante des marchés des capitaux, donc fortement concernée par la baisse des taux d'intérêt. « Leur faiblesse à long terme va mettre à l'épreuve notre branche, encore bien capitalisée. Nous ne pouvons plus nous reposer sur le revenu de nos placements, lequel, de toute évidence, va baisser en 2013 », a indiqué Ludger Arnoldussen, membre du directoire de Munich Re.

Intrinsèquement en première ligne, la réassurance vie n'est pourtant pas la seule à être concernée. Toutes les branches longues, et plus particulièrement la responsabilité civile, sont soumises à ces incertitudes. D'après Munich Re, cette dernière devrait voir ses tarifs rehaussés lors des renouvellements du 1er janvier. Par ailleurs, le premier réassureur mondial a fait état de certains ajustements de réserves nécessaires dans les dommages corporels, face à l'évolution des coûts de soins.

Le piège de la robustesse

Sans être concerné par cette insuffisance des réserves, Michael Pickel, membre du directoire d'Hannover Re et patron du réassureur allemand E+S Rück, confirme que « dans ces branches très sensibles aux taux d'intérêts comme la RC médicale et hospitalière ou encore les couvertures D et O (1), une hausse technique des taux s'impose ». Le même a par ailleurs déclaré cibler une hausse de 7% de ses tarifs auto en Allemagne - une branche déficitaire - pour les renouvellements du 1er janvier. Son optimisme tranche avec les estimations de ses confrères. Le marché, toujours en capacités suffisantes, continue de prévoir une stabilité générale des taux, même en l'absence de sinistre majeur, et sur une baisse des prix de 3 à 5% en catastrophes naturelles. Seule la branche transport, très concurrencée, s'est réveillée brutalement avec la catastrophe du Concordia et devrait réajuster ses tarifs de l'ordre de 5%.

Les réassureurs, qui ont fait preuve d'une étonnante faculté à se relever des événements de 2011, sont aujourd'hui pris au piège de leur robustesse. « Les cédantes se disent que si les réassureurs ont su se re-capitaliser aussi rapidement, il existe de la marge pour des baisses de tarifs », analyse Jean-François Delon, directeur de la réassurance France chez Towers Watson.

Ajustements à prévoir

Cette année, les achats en réassurance en prévision de Solvabilité 2 ont été relégués au second plan des discussions. Les assureurs ont d'autres priorités dans leurs négociations de renouvellements. Ils ont davantage maille à partir avec la crise que leurs réassureurs, et ils ont la ferme intention de jouer de cet argument. « En France, outre des résultats auto déficitaires, les cédantes ont eu à faire face aux sinistres causés par le gel en février. En raison de leurs rétentions sur ces risques, elles ont dû abandonner 500 M€ », ajoute Richard Denniston, chargé de la réassurance Europe chez Towers Watson.

Les réassureurs ne pourront pas rester insensibles aux difficultés que connaissent leurs cédantes. Même s'ils doivent, comme le rappelle Ludger Arnoldussen (Munich Re), « compenser la baisse des taux d'intérêt en veillant à obtenir de solides revenus dans leur coeur de métier ». Sans aller jusqu'à parler de consensus, les prochains renouvellements pourraient donc être marqués par un ajustement des tarifs aux contraintes techniques et financières des cédantes. La conséquence, comme le prédit l'un d'eux, en serait que les principaux réassureurs se mettent en ordre de bataille pour « chasser les affaires stables et rentables ».

1. Directors' et Officers' Liability, responsabilité des dirigeants et des mandataires sociaux.

Victor Peignet, directeur général de Scor Global P & C

« Les réassureurs devraient davantage prendre en compte l'impact de la crise »

  • Dans quelle mesure la crise pèse-t-elle sur la réassurance ?

La réassurance n'est pas confrontée à quelque crise que ce soit sur le plan technique, même s'il y a des foyers actifs de pertes dans certains marchés et certaines lignes, comme la RC médicale, et même s'il y a lieu de rester prudent sur la qualité des réserves des derniers exercices dans les branches longues de RC et RC pro. Néanmoins, la réassurance subit les effets de la crise, qui sont amplifiés par la globalisation. Le ralentissement de la croissance et du renouvellement de la matière assurable dans les économies développées se propage aux économies émergentes. La dépréciation du financier met sous pression toute la chaîne du transfert des risques par l'assurance, ce qui limite les possibilités de faire bouger les prix. Les réassureurs devraient pourtant mieux prendre en compte les évolutions des expositions aux catastrophes naturelles et humaines, un environnement de taux d'intérêt bas, ainsi que les menaces de retour de l'inflation qui pèsent sur les branches longues.

  • Quels en seront les effets sur les prochains renouvellements ?

On peut s'attendre que les cédantes jouent la sécurité et la stabilité, et que les réassureurs prennent davantage en compte l'impact de la crise dans leur tarification. Il devrait donc y avoir une prime à la qualité dans un contexte de bonne tenue des prix et de plus grande différenciation par les réassureurs entre les risques qu'ils souscrivent.

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