Les grandes écoles manqueraient-elles d'assurance ?

Peu de grandes écoles de commerce proposent une spécialisation en assurance. Pourtant, leurs formations restent très prisées des recruteurs du secteur, pour leur qualité en management. Les entreprises se chargeant ensuite de la formation de spécialisation en interne.

Il suffit de consulter le « Who's who » de « l'Argus de l'assurance », qui recense les mouvements et les nominations, pour se rendre compte que la plupart des dirigeants sont issus d'une « grande école de commerce ». Les annuaires de ces écoles comptent jusqu'à 20 % d'anciens élèves en banque-assurance à l'École de management de Lyon et à l'Essec, par exemple. Les grandes écoles de commerce sont ces formations en trois ans que l'on intègre après un concours très sélectif et deux ans de classe préparatoire. Les meilleures restent les « parisiennes » (HEC, Essec, ESCP, Edhec), suivies par quelques « provinciales » comme l'EM Lyon, Audencia à Nantes, l'ESC de Grenoble, la Reims Management School...

Entre modules techniques et culture sectorielle

Elles sont sélectionnées par la Conférence des grandes écoles, une association loi de 1901 qui délivre son label aux écoles de commerce et d'ingénieurs satisfaisant aux critères d'excellence de son règlement intérieur.

Pourtant, presque aucune ne dispense une formation spécifique à l'assurance, alors qu'il en existe de nombreuses de bac + 2 à bac + 5. Des formations de type « grande école » spécialisées dans l'assurance sont même apparues. Dès 1947 avec l'École nationale d'assurances (Enass), puis en 1980 avec l'École supérieure d'assurances (ESA). Pour Olivier de Lagarde, le directeur délégué de l'Enass, « la différence entre une formation généraliste et notre école c'est la culture générale assurantielle, la maîtrise du vocabulaire du métier et la connaissance des grandes fonctions. Nos étudiants sont beaucoup plus rapidement opérationnels. Nous réalisons des partenariats avec les grandes écoles qui souhaitent renforcer leurs filières en assurance. Nous avons ainsi un programme avec HEC : le mastère spécialisé en management des risques internationaux ».

Il existe cependant certains cours relatifs à l'assurance dans les programmes des écoles supérieure de commerce. « À l'EM Lyon, nous avons des modules en option de risques financiers spécifiques aux banques et aux sociétés d'assurances qui abordent les problèmes de régulation tels qu'exprimés dans Bâle 2 ou Solvabilité 2 », note François Quittard-Pinon, le responsable du mastère spécialisé finance de marché de cette même école. Celle de Paris, l'ESCP, dispense également un cours d'assurance, « The Insurance Firm : an economic and financial analysis ». Ces prestigieuses formations ne proposent pas non plus de mastères en assurances, et il suffit de regarder le classement des masters en assurances (voir ci-dessus) du cabinet de conseil en choix de master des grandes écoles et universités SMBG pour constater, à l'exception de l'Essec, leur absence.

Seules quelques « petites » écoles ont dans leurs plaquettes des masters ou des Bachelors (bac + 4) en banque-assurance. C'est le cas de l'ESG, l'Inseec ou de l'ESC de La Rochelle. L'université de Paris-Dauphine, qui est souvent assimilée à une grande école de commerce pour le caractère unique de sa sélectivité, propose d'excellents diplômes dans le domaine : le master 218 banque-assurance et le magistère banque-finance-assurance.

Les écoles de commerce commencent à créer des mastères spécialisés (MS) en risk-management. C'est le cas des meilleures d'entre elles : HEC, Bordeaux EM, l'Edhec, et l'ESCP. Un MS est un label d'une école membre de la Conférence des grandes écoles qui sanctionne une formation diplômante en un an après un bac + 5. Un mastère est donc un diplôme à bac + 6 de grande école de commerce, à ne pas confondre avec un master, niveau bac + 5 d'école de commerce ou d'université.

L'essentiel s'apprend sur le terrain

Les ESC ont pour vocation de former des managers généralistes capables de travailler dans tous les domaines. « Nous n'avons pas vocation à nous spécialiser : au contraire, nous souhaitons avoir des débouchés très diversifiés pour nos étudiants », explique François Quittard-Pinon, professeur à l'EM Lyon. En outre, une formation généraliste n'est pas un frein dans l'assurance. Olivier Berthe, directeur technique aux MMA va même plus loin : « Sauf en actuariat et dans le domaine juridique, où l'on ne peut se passer des fondamentaux inhérents à ces métiers, tout le reste s'apprend en grande partie sur le terrain ! »

Si les diplômés d'école de commerce ne sont pas immédiatement opérationnels, les entreprises complètent leur formation initiale. « Dans le secteur de l'assurance, en moyenne 5 % de la masse salariale sont investis en formation, contre les 1,6 % du minimum légal. Certains grands groupes vont même jusqu'à investir entre 6 et 8 % », explique Norbert Girard, de l'Observatoire des métiers de l'assurance. Chez Axa, ce taux atteint ainsi 7 %.

Les diplômés d'école de commerce s'insèrent très bien dans les entreprises d'assurances. À titre d'exemple et malgré la crise, le mastère de gestion des risques de Bordeaux École de management annonce 83 % de placement des promotions avant l'obtention du diplôme, avec un salaire moyen de 36 000 E. Comme toutes les grandes entreprises, les assureurs nous confirment disposer d'une grille de salaire dans laquelle, à chaque diplôme de grande école correspond un salaire.

Spécialistes opérationnels et décideurs généralistes

Selon Rémy Meurdefroid, de la Fédération des diplômés de l'Enass, qui a mené des enquêtes sur les salaires et trajectoires professionnelles à l'issue du diplôme master de son école, « les grandes écoles de commerce sont favorisées par rapport à l'Enass, dont la rémunération moyenne à la sortie est inférieure. Toutefois, les Enass rattrapent leur retard en trois à cinq ans du fait de leur technicité reconnue. Un nouvel écart peut intervenir après dix ans de carrière pour ceux qui font le choix des grandes entreprises de l'assurance : les diplômés de grandes écoles se voient proposer plus régulièrement en milieu de carrière des postes de management stratégique, contre des postes de management opérationnel où se distinguent les diplômés de l'Enass ».

Les grandes écoles cultivent également une grande proximité avec les entreprises en multipliant les partenariats. Celles des secteurs de la banque et de l'assurance comptent parmi les plus sollicitées. À l'Edhec, les trois premiers recruteurs sont Axa, BNP Paribas et Calyon, par exemple. À l'EM Lyon comme dans les autres écoles, « chaque année, l'école organise des forums métiers avec les banques et les assurances. Plusieurs cours et conférences sont assurés par des professionnels en poste dans les banques et les compagnies d'assurances », explique François Quittard-Pinon. Les diplômés du mastère de management des risques de Bordeaux sont mis en contact avec les associations telles que l'Association pour le management des risques et des assurances de l'entreprise (Amrae) et la Fédération of European Risk Management Associations (Ferma).

L'aura tenace des « grandes écoles »

Dans les cabinets de conseils, on continue de recruter dans les grandes écoles. En témoigne Francine Morelle, responsable assurance chez KMPG : « Notre cible de recrutement est les écoles de catégorie A [grandes écoles de commerce et d'ingénieurs] ou le master assurance de Paris-Dauphine. Ils sont rapidement opérationnels, car nous assurons la formation au secteur de l'assurance. » Dans l'assurance comme ailleurs, les grandes écoles continuent donc de former les futurs dirigeants. À l'heure où l'on parle de plus en plus de diversité, de nouveaux profils de managers émergeront-ils dans l'assurance ?


" LES RÉMUNÉRATIONS À LA SORTIE DES GRANDES ÉCOLES SONT SUPÉRIEURES. MAIS LES ENASS RATTRAPENT LEUR RETARD EN TROIS À CINQ ANS DU FAIT DE LEUR TECHNICITÉ. " Rémy Meurdefroid, Fédération des diplômés de l'Enass

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