Les groupements sont en quête de perspectives et de synergies

Les groupements sont en quête de perspectives et de synergies
© LUC PERENOM
À l'heure où les assureurs poussent l'industrialisation de la gestion des sinistres un cran plus loin, les réseaux d'experts libéraux et BCA expertise explorent de nouvelles voies. Réunis à l'occasion d'une table ronde, ils débattent de leur avenir... qu'ils n'excluent pas de construire en commun.

Créer une fédération des groupements d'experts en automobile ? C'est sur cette question que s'est conclue la table ronde de l'Argus de l'assurance réunissant les fondateurs de quatre réseaux d'experts libéraux et leur concurrent, BCA expertise, dont le capital est détenu par des assureurs. « Nous gagnerons tous à nous fédérer et à travailler ensemble. » C'est Bruno Guibeaud, le président du groupement EQE, qui lance ce « pavé dans la mare ».

L'idée a de quoi surprendre, alors que la profession s'est déjà structurée en réseaux au fil des ans. Des réseaux qui, vus de l'extérieur, se distinguent par leur façon de se présenter et de s'organiser, mais dont « la philosophie et les objectifs ne sont pas fondamentalement différents », estime Philippe Rabouin, expert libéral, qui n'a encore rejoint aucun d'entre eux.

Combien de divisions ?

Partage de savoir-faire, mutualisation d'outils, élaboration de procédures communes, formations, démarche qualité : autant de projets qui ont mobilisé les énergies et motivé la création des réseaux depuis l'apparition du premier, Ader, en 1996. Avec, toujours, en filigrane une volonté de mieux répondre aux attentes des assureurs, d'explorer de nouvelles pratiques professionnelles et de rester dans la course face à un concurrent de taille, BCA expertise, qui emploie 1 250 salariés, dont 650 experts, et qui détient environ 30% du marché. Cependant, « à force d'essayer de nous regrouper, nous nous sommes divisés, déplore Bruno Guibeaud, et, aujourd'hui, nous risquons tous de passer à côté de très beaux marchés ».

Les experts doivent, d'un côté, s'adapter aux évolutions de la réglementation comme la procédure véhicule endommagé et, de l'autre, aux nouvelles directions prises par les assureurs en matière de gestion des sinistres (expertise à distance, standardisation des rapports...).

La tendance à l'industrialisation chez les assureurs a franchi une nouvelle étape en 2010 avec l'introduction de systèmes de contrôle de devis réalisés directement par les réparateurs, lesquels pourraient, à terme, concerner 30% des dossiers, selon Serge Brousseau, le PDG de BCA expertise. « Plutôt que de voir un pan du marché nous échapper, nous avons créé un outil de validation des devis pensé par les experts », ajoute Serge Brousseau. Certains réseaux, comme Sothis, en ont fait de même, et s'en félicitent aujourd'hui, au vu des résultats des premiers tests. « Loin de cannibaliser nos cabinets d'expertise, la validation de devis génère du chiffre d'affaires, précise Thierry Labourdette, le président de Sothis. Cette prestation nous permet d'intervenir sur de petits sinistres - en deçà de la franchise - qui nous échappaient auparavant, et nous apporte des dossiers à plus forte valeur ajoutée. »

Tenir, c'est se réunir

Transformer une contrainte en opportunité : un exemple que certains réseaux souhaiteraient suivre, à l'instar de Référence conseil, « mais, pour cela, il faut des moyens. Si nous voulons prendre part aux méthodes qui se mettent en place, nous ne pouvons le faire qu'en passant par les outils du marché », souligne Éric Filoche, l'un de ses fondateurs.

Et c'est là, justement, l'une des limites de la plupart des groupements, malgré la forte implication de leurs fondateurs. « Aucun de nos groupes n'a aujourd'hui la taille et les capacités financières suffisantes pour disposer d'un outil informatique nous permettant d'évoluer vers de nouveaux métiers », souligne Bruno Guibeaud. D'abord perçu comme une menace, le contrôle de devis pourrait, par exemple, permettre aux experts de s'impliquer dans la gestion des bris de glace, une catégorie de sinistres que les assureurs cherchent à mieux maîtriser. Ces nouvelles opportunités qui s'offrent aux experts, il faudra les saisir vite, sous peine de voir des acteurs venus d'horizons différents s'y engouffrer.

La maîtrise des outils informatiques est donc essentielle pour garder la main sur l'expertise, quelles que soient ses modalités pratiques, mais aussi pour inventer de nouvelles prestations... Un enjeu majeur pour les cabinets libéraux. « Notre difficulté est de recruter et d'offrir des perspectives à nos collaborateurs », souligne Thierry Labourdette. Le réseau qu'il préside, Sothis, a justement été créé pour proposer d'autres voies que la direction d'un cabinet. Toutefois, le groupement se heurte aujourd'hui à un problème de convention collective et de reconnaissance de ces métiers émergents.

L'idée d'une fédération des groupements évoluant au côté de la Chambre syndicale des experts libéraux, si elle se concrétise un jour, pourrait peut-être répondre à ces problématiques. Fédération, voire d'autres formes de rapprochement : Bruno Guibeaud n'exclut pas de fondre un jour EQE dans une autre entité.

Partager, c'est se protéger

Tous ses confrères n'en sont pas encore arrivés à cette conclusion. La concentration a aussi ses inconvénients. « Plus on limitera la concurrence, plus on s'exposera au risque de voir arriver de nouveaux acteurs, notamment de l'étranger », estime Bernard Nouveau, le président d'Ader.

Une chose est sûre, l'idée d'ouvrir des portes et de créer des occasions de dialogue séduit. Entre libéraux, mais également avec BCA expertise. « À force de se regarder en chiens de faïence, nous passons peut-être à côté d'opportunités », observe Serge Brousseau, de BCA expertise. Si les réseaux de demain parviennent à construire les bases de nouveaux services, nul doute que les libéraux qui continuent à jouer en solo pourraient bien être tentés de les rejoindre.

Les participants

  • Ader (créé en 1996) : 84 cabinets adhérents
  • BCA expertise (1955) : 1 250 salariés, dont 650 experts
  • EQE (2003) : 62 adhérents Référence conseil (2006) : 33 adhérents
  • Sothis (2006) : 63 cabinets adhérents, 35 partenaires

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