Les médecines douces entre prévention et marketing

Quelle place pour le thermalisme, l'ostéopathie ou encore la sophrologie dans les garanties des organismes complémentaires ? Entre l'intérêt économique et celui du patient, le rôle de ces thérapeutiques complémentaires ou alternatives fait toujours débat, comme l'a montré un récent colloque du Comité Opéra.

Profitant d'un récent colloque sur la prévention organisé par le Comité Opéra, un cercle de réflexion créé par la Fédération nationale indépendante des mutuelles (Fnim), les professionnels du thermalisme ont manifesté leur volonté « d'innover et d'expérimenter » avec ces organismes, selon les termes utilisés par Jean-Pierre Dufau, député (PS) des Landes et coprésident du Groupe d'études sur le climatisme et le thermalisme. Élu de la première ville thermale de France (Dax), il s'est attaché à défendre une activité sur laquelle planent de manière récurrente des menaces de déremboursement de la Sécurité sociale.

Médecines sans médicaments, voire sans médecins

La défense du thermalisme passe aussi par sa justification médicale. Un gros travail a été accompli pour mettre à jour ses critères d'efficacité thérapeutique, explique Christian Corne, médecin généraliste qui préside la Fédération thermale et climatique française et qui a été rapporteur d'un récent avis sur la prévention au Conseil économique, social et environnemental. L'Association française pour la recherche thermale (Afreth) investit 1,5 M€ par an pour démontrer le service médical rendu du thermalisme. « Les premières études scientifiques publiables sont arrivées depuis deux ans », indique le docteur Corne, citant, par exemple, une étude randomisée (1) qui montre une amélioration sur plus de 50 % des patients d'un groupe traité pour de l'arthrose du genou. Aux études réalisées et à celles en cours, cet élu, qui a été médecin thermal pendant trente-cinq ans, veut ajouter une preuve non scientifique. « Les gens ne reviendraient pas en cure pendant dix, vingt ou trente ans s'ils n'étaient pas convaincus d'y trouver un bienfait pour leur santé », admettant que « cela ne constitue pas un argument pour convaincre Frédéric Van Roekeghem », le directeur général de l'Assurance maladie.

Les professionnels du thermalisme misent aussi sur les concepts en vogue pour séduire les complémentaires santé. « Pourquoi ne pas faire un bout de chemin ensemble sur l'éducation thérapeutique et la prévention en profitant de la présence des curistes dans les stations thermales ? », a lancé Thierry Dubois, président du Conseil national des exploitants thermaux. Trois grands axes semblent envisageables : la diététique et la nutrition, l'exercice physique et, enfin, la gestion du stress. « La prévention peut éviter l'aggravation ou la survenue de maladies chroniques », insiste le docteur Corne, tendant la perche aux complémentaires, qui se positionnent de plus en plus sur le thème des pathologies chroniques.

Autre piste évoquée dans une perspective de prévention, celles de séjours de plus courte durée. Si l'idée est séduisante, elle est difficile à mettre en oeuvre : le régime obligatoire ne rembourse que les séjours de trois semaines, dont dix-huit jours de cure, et il n'est guère imaginable de demander aux organismes complémentaires de prendre en charge des séjours de dix jours dans le cadre de leurs forfaits « hors Sécurité sociale ». En revanche, les professionnels du thermalisme pensent à de possibles évolutions dans le cadre de la convention thermale, qui arrive à échéance en fin d'année. « Pourquoi ne pas moduler la durée des cures, ou les couper en deux, avec deux semaines de traitement puis la troisième quatre ou cinq mois plus tard ? », interroge Claude-Eugène Bouvier, délégué général du Conseil national des exploitants thermaux.

Le débat sur le thermalisme est révélateur de la difficulté pour les complémentaires d'aborder la prévention et la « médecine douce », que Claude Le Pen, professeur à l'université de Paris-Dauphine et président du collège des économistes de la santé, définit comme « une médecine qui ne prend pas en compte les médicaments en première intention ».

Cette difficulté se retrouve dans l'ostéopathie, dont le statut (régi par un décret de 2007) reste hybride, puisqu'elle peut être pratiquée par des médecins, des professionnels de santé (kinésithérapeuthes, sages-femmes, infirmières) ou des diplômés d'écoles reconnues. Avec quelque 4 000 « Ni-ni » (ni professionnels de santé ni médecins) sortis de ces écoles, le terrain commence à être « un peu saturé », estime le docteur Christian Caldaguès, président de la société française d'ostéopathie, pour qui « le rôle de l'ostéopathe est avant tout d'être médecin ». Si elle est pratiquée par un médecin, elle peut être prise en charge au titre d'une consultation par l'Assurance maladie et les complémentaires santé. Exercée par un autre professionnel de santé ou un « Ni-ni », elle pourra être - partiellement le plus souvent - prise en charge au titre des forfaits estampillés « prévention » ou « bien-être » inclus dans bon nombre de contrats individuels et, plus rarement, collectifs.

Se faire une doctrine entre bien-être et dérive sectaire

« Pour les mutuelles, la question est de savoir jusqu'où aller dans ces domaines », estime un médecin administrateur d'un organisme mutualiste. « Certaines pratiques peuvent faire du bien, d'autres ne pas être très sérieuses, voire à la limite de la secte », ajoute-t-il, en allusion à la kinésiologie qui avait, en 2002, attiré l'attention de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes). Cette technique psychocorporelle peut figurer dans des paniers de prestations - généralement plafonnés à 200 ou 250 € - allant de l'ostéopathie à la diététique et aux vaccins non remboursés, en passant par la chiropractie, la réflexologie ou la sophrologie.

Catherine Lasserre, directrice de la communication de la Mutuelle familiale d'Île-de-France (MFIF), confirme ces difficultés à trier le bon grain de l'ivraie : « Les médecines douces sont un domaine porteur, mais on voit également de plus en plus de pratiques déviantes. Pour les éviter, nous nous rapprochons des organisations de praticiens. » À côté de ses garanties générales, où elle a intégré l'ostéopathie, la MFIF propose une offre spécifique prenant en charge une quinzaine d'actes comme la naturopathie, l'acupuncture, le shiatsu (2)..., ainsi que des compléments alimentaires et des élixirs. Autant d'approches alternatives que certains considéreront comme de la prévention, d'autres comme un service aux adhérents.

1. De l'anglais random (hasard). La répartition des participants entre les deux groupes témoins est effectuée par tirage au sort, ce qui évite les biais de sélection.

2. Technique de thérapie manuelle d'origine japonaise.

PRÈS DE 14 Md€ CONSACRÉS À LA PRÉVENTION

La prévention est un concept à géométrie variable, qui ne saurait se réduire aux actes rendus obligatoires par le cahier des charges des contrats complémentaires santé responsables. Elle implique notamment les comportements individuels et collectifs, le principe de précaution ou la santé environnementale. Son évaluation économique tient du casse-tête. « Si une femme fait une mammographie de dépistage en utilisant le coupon envoyé par l'Assurance maladie, cette dépense est comptabilisée comme de la prévention, mais elle ne le sera pas si c'est sur prescription de son médecin traitant ou de son gynécologue », explique Claude le Pen, professeur à l'université de Paris-Dauphine. Pour les économistes de la santé, les 5,9 MdE de dépenses de prévention identifiées dans les comptes nationaux de la santé pour 2010 sont sous-évalués. En utilisant une méthode d'estimation développée par l'Irdes et la Drees, elles seraient plus de deux fois supérieures, avec près de 14 Md€ (chiffres 2009).

 

LE THERMALISME, SOURCE DE RECETTES POUR LA SÉCURITÉ SOCIALE
  •  Les défenseurs du thermalisme opposent le remboursement des cures, qui s'élève à 166 M€, soit 0,13% des dépenses de l'Assurance maladie, et le poids économique de cette activité, avec 100 000 emplois directs et indirects qui génèrent des cotisations sociales. « La balance entre le coût pour la Sécurité sociale et le rendement des cotisations est équilibrée à 85%. Il n'y a aucune raison de dérembourser le thermalisme », explique le député (PS) des Landes, Jean-Pierre Dufau. Qui plus est, il s'agit d'emplois non délocalisables, à la différence de la thalassothérapie, « pour laquelle on peut faire de l'eau chaude partout ».

 

1 500 € Le coût moyen d'une cure thermale, intégrant transport, soins et hébergement. La cure proprement dite (coût moyen : 640 €) est remboursée à 65% par l'Assurance maladie.

 

Les médecines douces sont un domaine porteur, mais il y a de plus en plus de pratiques déviantes. Pour les éviter, nous nous rapprochons des organismes de praticiens.

Catherine Lasserre, directrice de la communication de la Mutuelle familiale d'Île-de-France

 

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