Les plates-formes sont sous-exploitées

À l'initiative de Carte blanche partenaires, une dizaine d'experts de divers horizons s'expriment sur les plates-formes de santé. Ils regrettent leur impact limité en matière d'analyse des risques et de conception des contrats.

Les plates-formes de santé jouent un rôle de pivot entre les organismes complémentaires, les assurés et les professionnels de santé. Preuve de leur importance, un « livre blanc » intitulé « Les plates-formes santé aujourd'hui et demain » vient d'être édité par Carte blanche partenaires, filiale de Swiss Life spécialisée dans les réseaux de professionnels de santé. « Nous avons voulu apporter des pistes de réflexion tant sur la maîtrise des dépenses que sur les problématiques d'accès aux soins », explique son directeur général, Jean-François Tripodi.

Toujours aveugles

Le président de la première chambre de la Cour des comptes, Christian Babusiaux, y fait le point sur les recommandations formulées dans son rapport de 2003 sur l'accès des complémentaires aux données de santé de leurs assurés. « Des progrès ont été faits en matière de partage des données. Les fédérations d'assureurs peuvent accéder aux bases de données de l'Assurance maladie, du système hospitalier, mais l'impact reste faible, car même si, techniquement, tout est prêt, l'expérimentation n'est pas passée au stade de la généralisation. »

Celui qui préside également l'Institut des données de santé (IDS) poursuit : « Le partage des données permettra aux organismes complémentaires de bâtir des offres véritablement adaptées aux besoins. Aujourd'hui, ils n'ont pas encore une assez bonne connaissance de ce qu'ils remboursent. » Dans ce contexte, le rôle des plates-formes de santé, bien qu'intéressant, se résume, selon lui, à étudier les devis lors des remboursements : « Nous en sommes encore au début, même si cela fait dix à douze ans que les premières fonctionnent. En termes d'analyse des risques et de confection des contrats, seuls les assureurs ont la main. »

De son côté, Patrick Hescot, expert à l'Organisation mondiale de la santé et président de l'Union française pour la santé bucco-dentaire, met l'accent sur la prévention, regrettant que les assureurs aient encore souvent un raisonnement à court terme sur le coût du soin plutôt que sur la santé dans sa globalité. « Ils se préoccupent uniquement de la prise en charge des actes curatifs, alors qu'ils pourraient économiser à moyen terme en jouant sur la prévention et en limitant le risque de récidive. Cela leur permettrait de passer du statut de "payeurs aveugles" à celui de "partenaires santé". Je suis persuadé que l'assureur qui aura assez de maturité pour prendre en compte cette démarche sera le gagnant. »

Dans ce « livre blanc », Claire Bodin, membre du Collège des économistes de santé, rappelle qu'il est indispensable d'associer maîtrise des coûts et qualité des soins. « Le tiers payant va dans le sens d'un mouvement terrible qui permet aux gens de sortir d'une officine avec des médicaments en quantité pas toujours adaptée et sans savoir ce qu'ils ont réellement dépensé. Certes, cela simplifie le circuit de paiement et de remboursement, mais cela contribue à la déresponsabilisation des assurés. Faute de pouvoir revenir en arrière en raison de la popularité du tiers payant, il est d'autant plus important de l'accompagner d'un contrôle des dépenses. »


Des managers de santé

Pour autant, Claire Bodin relève bien les obstacles : « Les plates-formes, que j'appellerais plutôt "groupes de management santé", travaillent de plus en plus sur l'engagement qualité et la négociation des tarifs. Toutefois, les résistances et les craintes de la profession restent très vives, et les plates-formes ont encore à s'affirmer comme des interlocuteurs valables et indispensables. Alors que leur action concerne des dizaines de millions de personnes, elle est encore peu reconnue et bien souvent dénigrée. »

LE TIERS PAYANT, UN ATOUT... INSUFFISANT
  • La publication du « livre blanc » de Carte blanche partenaires sur les plates-formes santé fait écho à une enquête (1) menée par cette société auprès de bénéficiaires et de professionnels de santé. Signe des temps : 70,2% des dentistes et 81,9% des opticiens souhaitent la mise en place de services de réponse en temps réel (accords de prise en charge, calcul du reste-à-charge...). De leur côté, les bénéficiaires sont 67,2% à considérer la facilitation de l'accès aux soins comme le service le plus indispensable rendu par une plate-forme. Sans surprise, ils ne sont pas encore prêts à acheter leurs lunettes sur Internet (à 95,3%). En revanche, plus surprenant, seuls 50,6% d'entre eux seraient prêts à consacrer davantage de temps de déplacement pour aller consulter un professionnel de santé agréé. De quoi reconsidérer l'atout commercial du tiers payant... 1. Enquête réalisée auprès de 833 bénéficiaires et 352 professionnels de santé (88 auxiliaires médicaux, 88 opticiens, 88 pharmaciens, 88 dentistes) entre le 24 mars et le 15 avril 2011.

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