Les réassureurs craignent l'effet boule de neige

Les réassureurs craignent l'effet boule de neige
DR Michael Pickel, membre du directoire d'Hannover Re
Alors qu'ils ne se sentent pas immédiatement menacés, les réassureurs pourraient être rattrapés par la crise financière dès le second semestre 2011 du fait de l'érosion de leurs revenus sur le capital.

Pas de panique. Tout juste une effervescence policée s'est-elle emparée, du 23 au 26 octobre 2011, des halls des cinq-étoiles de Baden-Baden, en Allemagne. Comme si la réassurance, qui organisait son deuxième rendez-vous de l'année, se trouvait en marge de la crise financière qui secoue l'Europe, apparemment épargnée par les affres que connaissent les banquiers.

« Dans leur ensemble, les assureurs n'ont pas encore intégré la nouvelle situation sur le plan opérationnel, à la différence des banques. Il est vrai que le monde de l'assurance ressent les conséquences de la crise de manière décalée, en dehors des investissements. Les inquiétudes en ce sens concernent les expositions aux dettes souveraines et aux marchés, mais c'est aujourd'hui également l'affaire des superviseurs et des agences de notations », déclare François Vilnet, président de l'Association des professionnels de la réassurance en France (Apref). Par ailleurs, il constate que « la crise n'a pas changé en profondeur les comportements d'achat de réassurance des assureurs. Sinon que certains cherchent à acheter des couvertures complémentaires pour protéger leur bilan ».

Toujours pas de retournement

La tendance, déjà marquée lors des Rendez-vous de septembre à Monte-Carlo, a été confirmée par le panel des invités au symposium organisé par le courtier en réassurance Guy Carpenter : le marché n'a pas encore amorcé son tournant. La crise, pas davantage que les catastrophes naturelles - notamment le tremblement de terre en Turquie et les inondations en Thaïlande -, ne pèsera sur les prochains renouvellements. Certes, la tendance baissière est aujourd'hui jugulée, comme le relève Victor Peignet, directeur général de Scor Global P et C : « Le bas du cycle est probablement atteint dans les branches de responsabilité, et une tendance au resserrement des termes et à l'amélioration des conditions s'est établie, réelle sur les affaires sinistrées et les risques exposés aux catastrophes naturelles, mais il est vrai encore modeste sur l'ensemble du portefeuille par rapport à la sinistralité globale et aux perspectives financières. »

Cette bonne santé est corroborée par une solide assise capitalistique. Jusqu'à présent les réassureurs se sont distingués des banques en tous points. Les agences de notation n'ont pas manqué de le souligner récemment en estimant que les trente principaux réassureurs détenaient 231 Md€ de capital. C'est davantage qu'avant la crise de 2008 et plus qu'il ne leur en faudrait pour obtenir leur meilleure note, d'après l'agence Standard et Poor's.

Des taux d'intérêt au plus bas

Pour combien de temps encore ? Il n'y a pas que les esprits chagrins pour se laisser effleurer par quelques inquiétudes, car si les réassureurs ont jusqu'à présent fait preuve de résistance face à la première crise, en grande partie grâce à leurs fonds propres, leur base risque, à terme, d'être sérieusement entamée. En effet, comme le fait remarquer Victor Peignet, « si les effets de la crise n'ont pas d'impact majeur sur les résultats du troisième trimestre, ils pourraient se faire sentir au dernier trimestre pour certains réassureurs. Ce qui peut causer aujourd'hui du souci à certains réassureurs est l'érosion de leur capital disponible en raison de taux d'intérêt - durablement ? - au plus bas, et d'une rémunération sous pression à l'actif comme au passif ». Le directeur général de Scor Global P et C précise encore : « Les pertes sur actifs s'ajoutant à l'effet des taux d'intérêt sur les réserves pourraient entamer la marge de solvabilité de certains réassureurs et changer quelque peu l'image de surcapitalisation attachée au marché, sans pour autant remettre en question sa capacité à répondre aux besoins. » Et François Vilnet de conclure : « Il faudra attendre le bouclage des comptes au 31 décembre pour plus de visibilité sur l'impact financier dans les bilans des assureurs et des réassureurs. »

Prophylaxie

Pendant ce temps, les assureurs comme les réassureurs ne resteront pourtant pas à l'abri de la contagion. Nombre d'entre eux risquent d'être aspirés bien malgré eux dans le sillon de la crise bancaire, si ce n'est dans la faillite éventuelle de certains États européens.

Aussi, la rémunération du capital, l'un des piliers du financement de la réassurance et de l'assurance, est actuellement leur priorité. Une baisse de 1% des taux d'intérêt suffit à faire perdre au secteur 226 Md$ (163,5 Md€) par an. Les superviseurs ont conscience de ce danger. Ainsi, la Bafin (l'organisme allemand de surveillance de la banque et de l'assurance) a sommé une série de grands assureurs de produire la liste et la nature de leurs engagements bancaires. Cette demande concerne également leurs expositions aux dettes souveraines. Cette mesure ne relève pas seulement de la simple routine ni des exigences de Solvabilité 2, mais elle répond à un principe de précaution face aux grands bouleversements qui attendent les assureurs fin 2012, quand l'amortissement de la dette grecque aggravera tous les comptes, les leurs compris. Il faudra alors prévoir la sortie de crise. Cette dernière coïncidera avec la mise en place de Solvabilité 2, repoussée de un an. Des risques de télescopage seront alors à craindre.

LA LETTRE DE NIKOLAUS VOM BOMHARD (1) AU G20 DE CANNES

« [...] Les régulateurs financiers et l'IAIS (NDLR : Association internationale des superviseurs de l'assurance) ont récemment déclaré publiquement que les activités de l'assurance traditionnelle ne donnent pas lieu à un risque systémique. Il serait donc plus utile que le G20 reconnaisse officiellement ce qui est maintenant de la sagesse conventionnelle parmi les experts et qu'il indique clairement que toutes les activités d'assurance "non-core (2)" soient traitées en tenant compte tant du modèle d'entreprise et du rôle particulier de l'assurance que de la réglementation déjà en place ou en passe d'être introduite. [...] En ce qui concerne le processus de désignation future "SIFI" (3) à l'assurance, qui découle justement du processus bancaire, les conséquences et les implications potentielles d'une telle désignation doivent être soigneusement et complètement évaluées avant que toute autre institution d'assurance soit identifiée. [...]» 1. Président du directoire de Munich Re et président de l'association Geneva (cercle de réflexion et de lobbying réunissant 90 des plus grands assureurs et réassureurs mondiaux). 2. En dehors du coeur de métier. 3. Systemically important financial institutions : institutions financières considérées comme systémiques, leur faillite pouvant entraîner une crise financière généralisée.

TÉMOIGNAGEMichael Pickel, membre du directoire d'Hannover Re « La crise grecque serait gérable »

C'est avec un flegme tout nordique que le troisième réassureur mondial aborde la crise. S'il reste engagé à hauteur de 254 ME, soit 1 % de ses placements, dans les autres PIIGS (1) (lire le tableau p.48), il s'est en effet débarrassé depuis longtemps de la dette souveraine hellénique. Michael Pickel, membre du directoire d'Hannover Re chargé de la réassurance dommages, va même plus loin : « Même si une remise de la dette grecque mettait à genoux les banques européennes, ce ne serait pas la fin du monde pour Hannover Re. Cela ne nous réjouirait pas, mais serait tout de même gérable. » Au début du second semestre, Hannover Re détenait 3,25 MdE en emprunts bancaires. 1. PIIGS (littéralement « porcs » en anglais) désigne, de manière péjorative, le Portugal, l'Italie, l'Irlande, La Grèce et l'Espagne (Spain), supposés « mauvais élèves financiers » de l'Europe.

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